L'envers du décor

Vous prendrez comme ça vient, parce que je ne suis pas capable de faire mieux, et puis d'ailleurs je n'ai jamais su ranger correctement et l'ordre m'emmerde, quand il s'agit d'affaires émotionnelles. Pourtant, n'importe qui de la troupe pourrait vous dire qu'une fois que je me mets en route, rien ne peut m'arrêter et que je peux être féroce pour obtenir le résultat que je souhaite. Bon, bref.

Chaque année la même intensité. Chaque année comme si c'était la première fois. Avec entre temps, douze mois de plus, faits de tant de choses qu'ils ressemblent à mille ans. Cette année était spéciale pour moi, à titre personnel. Et pour la quasi totalité de mes compagnons de théâtre. Ainsi que pour beaucoup de petits et d'ados ; la vie intense pour tous les âges...

tsss faut que j'élague.

Je présentais trois créations, comme vous le savez, si vous avez lu ce fil :
http://romane.blog4ever.com/blog/lirarticle-86614-1308514.html

Fantaisie pour un sérieux

Pendant le dernier filage des enfants, il y avait encore des inégalités de jeu, mais c'était déjà mieux que le mercredi précédent. Sans doute commençaient-ils à comprendre l'affairement, puisque les amis de la troupe s'activaient partout, que les coulisses étaient pleines d'un tas de fourbi, que le public était "pour ce soir". Toujours est-il qu'il restait des insuffisances et que j'avais prévu, pour continuer à peaufiner leur aisance, qu'un des adultes de la troupe leur ferait faire plusieurs italiennes.

(un filage = jouer l'intégralité de la pièce comme en conditions spectacle
une italienne = réciter le texte de mémoire le plus vite possible, sans intonations particulières)

Il y avait notamment le petiot de Stéphane, qui ne parlait pas assez fort et compte tenu de son jeune âge et du fait de son expérience désastreuse de l'année précédente au sein d'un autre atelier pourtant dirigé par "une professionnelle"  qui coûte la peau des fesses (mais apparemment le résultat n'a pas été à la hauteur du coût... bon bref, ça, c'est pour la petite histoire), bref, disais-je, pouvant considérer que cette année représentait sa première expérience théâtrale, je me suis attachée à le faire articuler, parler fort et ne pas tourner le dos au public. Mais ce n'est pas facile pour un petiot, toutes ces contraintes et toutes celles que je ne développe pas ici, parce que ce n'est pas le sujet. Donc j'étais inquiète pour lui, notamment.
"Notamment" parce qu'il était évident qu'il aurait fallu environ trois séances de plus pour parvenir à ce que je souhaitais, en tenant compte de leur âge et de la prestation que j'avais prévue.

Toujours est-il que passée l'heure du filage, du repas du midi chacun chez soi, des italiennes, et du maquillage (grande aventure, le maquillage, ces jours là ! Un sacré moment de stupéfaction, de rires, de découvertes), bref, quand ils se sont retrouvés sur scène, bonjour les dégâts. Salle scotchée, et dans les coulisses, les adultes qui veillaient aux changements de costumes et aux entrées/sorties de scène, y compris nous à la régie, je vous jure que ce n'était pas rien.

Le phénomène se répète d'année en année, ça vous prend aux tripes, ça vous saigne le coeur, ça vous tire les larmes de stupéfaction et d'admiration. Benjamin et son déclic, voix claire, audible, jeu impeccable ! Et Lukas qui refusait plus d'une réplique en début de saison et qui avait déclaré tout net qu'il ne voulait pas monter sur la scène devant le public, étonnamment époustouflant d'aisance ! Et Louana avec son lourd traitement médical et ses cernes, si sûre d'elle tout à coup ! Et Julie envolée dans son habit de Lucile, convaincante et rudement malicieuse ! Et Océane en gouailleuse, et Léa pour sa première fois en maman excédée dans une fraîcheur revigorante, et Charlotte pétillante et explosive ! Et Teiva, petit homme aux mille intentions captées et rendues au public... Tom bien planté dans ses baskets jusque dans la colère du père ! Quant au public, réactif et scotché, touché en plein par les capacités de ces enfants livrés en pâture sous les projecteurs, que voulez-vous que je vous dise...
Lorsqu'il a fallu prendre le micro, après la pièce, pour annoncer 10 mn d'entracte, et sans doute pour la première fois de ma vie pendant que je tenais un micro, ben... j'ai pleuré.
Ces enfants me sidèrent, je ne sais pas ce que j'ai dit aux gens, je crois que ça n'a pas tant d'importance, nous étions tous dans le même état émotionnel, c'est tout ce que je peux en dire.

Polar en Direct

Mes ados ont été difficiles à obtenir au grand complet, durant toute l'année. C'est comme ça, les ados, ça a des jours de boulot scolaire au point qu'il faut bien faire passer le plus important d'abord, ça a des histoires de coeur, les premières, importantes aussi, ça a des histoires de famille pas faciles, des histoires de potes, bref, ça vit comme ça peut et au théâtre, ça donne des fois des dents de scie tout au long de l'année, de sorte qu'on ne sait pas trop où on va, au bout du compte.
La veille il m'en manquait encore deux. Une attrapée au vol à l'aide de complicités d'adultes, un qui était malade, mais "malade" comment, ça j'en savais rien. Quant est arrivée l'heure du filage d'avant spectacle, j'étais assise sur un cul de cageot devant l'entrée, et je fumais nerveusement en me demandant à quelle sauce j'allais être mangée, n'entendant pas le quart du dixième de ce que les gens me disaient, obsédée par : seront-ils tous là ? Si non, comment je fais ?
Dans ces cas là, il peut bien se passer n'importe quoi autour, vous n'en avez strictement rien à foutre, votre cerveau mouline à la vitesse de la lumière, parce qu'il faudra trouver une solution, de toute manière il faut toujours trouver LA solution et jusqu'au dernier moment, il peut tout arriver.

Ils sont tous arrivés. Recousus du coeur, réparés du corps, en tout cas ils sont tous arrivés. Les nerfs retombent parce qu'il n'y a plus à chercher LA solution, mais ils remontent avant que d'être tombés parce qu'il faut s'y mettre tout de suite ; depuis combien de temps n'avons-nous pas été tous réunis pour un filage total ? Jamais. Dans combien de temps on joue ? Dans 7 heures. On a combien de temps, là ? 2 heures. Et après ? Après c'est les adultes qui répètent, puis c'est le maquillage qui commence. Et puis le rideau qui se lève. Tout ça ? Déjà ? Tout ça. Déjà.

Filage difficile, beaucoup de trous de mémoire, donc baisse d'énergie, donc pas bon, pas bon. Je laisse faire jusqu'au bout, au moins que je puisse faire un point global pour la première fois...! Regard ciblé sur cette soirée et uniquement cette soirée. C'était la première urgence.
J'avais prévenu les parents et les ados qu'ils seraient libres de 16 h à 18h30. Changement de programme à la dernière minute : Vous allez rester là. Je vous demande d'enchaîner italienne sur italienne jusqu'à l'heure du spectacle des petits, que vous regarderez depuis la salle. Vous n'avez pas le choix mais je pose la question quand même : est-ce que vous êtes tous d'accord ?
Ils sont tous d'accord. Je n'aurais pas eu besoin de faire le point, ils savaient déjà ce que j'allais leur dire, je ne l'ai fait que pour le principe. Ils savaient aussi cette notion de principe. Ils me connaissent bien.

Pendant la prestation des enfants, ils étaient dans la salle. Médusés. Et sans doute ils cogitaient, en même temps. Ça fait toujours du bien, de regarder ce que font les autres. Ça nous sort de notre petit monde perso.

La pièce est longue. Le texte fourni et pas dans la simplicité. Une pièce qui donnerait du fil à retordre à des adultes. Voyez ? Les adultes de la troupe ont eux-mêmes organisé le réseau des souffleurs, au cas où. Ils ont d'ailleurs servi à deux trois reprises, je ne me suis rendue compte que de deux fois, pour "le commissaire" qui avait un rôle peu évident puisque omniprésent.
De mon côté, pendant que j'étais aux commandes du son, j'étais attentive à l'ensemble de la pièce "pour l'instant" et simultanément "pour la Nuit du Théâtre" à laquelle je les ai inscrits, début juillet. Deux regards différents et simultanés, donc, qui me servent à bosser et puis de toute manière c'est comme ça que je fonctionne ; sur l'instant et en projection d'après. Mais ça c'est mon problème, je gère ces différents types de regards simultanés, auxquels se rajoutent d'autres choses que je ne développerai pas non plus ici et qui concernent ma manière de fonctionner. Ys appellerait ça "le fonctionnement à tiroirs".

Pour cette première prestation, ils ont donné beaucoup et ce n'était pas facile. Ils s'en sont bien sortis, et j'avoue qu'ils avaient sans doute de quoi être claqués après le salut. Beaucoup de gens du public m'ont dit leur étonnement quant à la densité du texte que ces jeunes comédiens avaient eu à ingurgiter ; je crois que chaque prestation est une leçon de vie aussi pour le public.
J'ai pu de mon côté continuer à bosser pour l'après, et je sais déjà à partir de mercredi, quelles sont les modifications à apporter pour que la Nuit du Théâtre leur offre quelque chose d'encore plus peaufiné. Le théâtre c'est ça : vivant jusqu'au bout, évolutif toujours. On peut jouer cent fois une pièce, elle évolue toujours. C'est ça, notre fil du rasoir. Toujours vivant.

J'étais très curieuse de la manière dont le public recevrait "L'Avenue des Croisements". Il s'agit d'un texte pas comme les autres, d'une oeuvre que je ne saurais pas classer, d'un truc qui sort de ce qui se joue habituellement, un machin peu conventionnel, au fond.
Je l'avais envoyé à Vilain et à Diego, pour recueillir leur avis, Farouche l'a abordé sous un autre angle ; je le lui ai lu un soir durant son séjour chez moi. Trois regards différents, trois approches différentes grâce à trois parcours de vie et trois personnalités différentes. Trois avis identiques ; un formidable encouragement pour moi, en comprenant qu'ils ont flashé sur ce texte pas comme les autres, dans une écriture encore nouvelle pour moi.

Il me fallait soumettre ce texte à une troupe de comédiens amateurs, remplis de bonne volonté mais tout de même amateurs, alors que dans mon for intérieur je me disais : putain, s'ils acceptent c'est un défi, parce que ce texte est fait pour des comédiens confirmés. Un texte du gabarit d'un de ceux d'Alejandro "Le prisonnier" (que je me promets de monter un jour en scène), un truc qui ne se joue pas n'importe comment, un truc pas fantaisiste, un texte "de sens" plus qu'un texte "de divertissement".

Une fois accepté par la troupe, encore fallait-il parvenir à ce qu'il soit interprété dans la justesse. Je vais reprendre l'expression "à tiroirs" je pourrais aussi bien dire "en nuances". La nuance prend une importance capitale à mes yeux. C'est d'elle que se façonne une oeuvre. Tailler à la hache c'est bon pour le boulevard (sans connotation péjorative, juste pour la comparaison). La nuance, c'est jouer au funambule et risquer de se casser la gueule à la moindre erreur.

Ils ont accepté la nuance.

Durant toute l'année, les merdes de vie des uns et des autres ont fait qu'une fois de plus je me suis trouvée confrontée à bosser par tronçons, et c'est pas facile quand on a besoin d'homogénéiser, de planter les comédiens sur la même longueur d'ondes, dans la même énergie, pour trouver la justesse partout. Avec les anciens et les nouveaux, ceux qui n'avaient jamais fait de théâtre de leur vie, ceux qui ont un parcours derrière eux, mais pas forcément dans la subtilité, suivant ce qu'ils ont joué. En tout cas pour tous, anciens ou nouveaux, ce genre là était pour eux "la première fois". Un défi, quoi.

Et le public, comment allait-il prendre ça ? Une telle densité ? Pas un seul mot à louper. Des phrases à multiples directions à débattre, des mots à résonnance en ricochet ? Comment ?

Une scène restait à peaufiner ; celle de deux comédiens qui, malgré qu'ils soient les plus anciens, ont trouvé du fil à retordre. Le dernier filage n'était pas encore concluant pour eux. Il fallait entrer dans plusieurs états ; peur, menaces, envie, affrontement, colère, tout ça coup sur coup, sans transition autre que par la subtilité, et tout ça très puissant parce qu'ils portaient le poids de la fin de la pièce. Ils n'y parvenaient toujours pas. Il n'y avait plus que ça qui clochait.
Dans ces cas là, comme plus haut assise sur mon cageot, dans ces cas là faut trouver le truc qui va déclencher, et y'a plus le temps, y'a plus le choix, c'est maintenant ou rien.
Après le filage, nous sommes sortis devant l'entrée des artistes. J'ai balancé mon sac à main par terre. Rageusement. Et je leur ai hurlé qu'ils allaient me haïr mais que j'en avais rien à foutre, que je voulais qu'ils me haïssent pour se haïr sur la scène tous les deux, et qu'ils n'avaient pas le choix. Après, je ne vous décrirai pas ce qu'il s'est passé, ni comment, dans cette rage à bouffer tripes et coeur, je les ai assassinés pour qu'il y parviennent. Au moins que ça serve à eux, ces deux là qui étaient en difficulté. Au moins qu'ils arrivent à flamboyer dans ces quelques minutes, alors qu'ils s'en sortaient très bien dans leurs autres interventions de la pièce, n'ayant rien à voir avec ces quelques minutes là.

Ils l'ont fait. Tous homogènes. Depuis le dernier arrivé jusqu'aux plus anciens. Tous dans ce défi dont ils peuvent être aussi fiers que je le suis pour eux. Et tant pis pour la pression qu'ils ont vécue, pour ce dimanche où nous étions tous rompus de la tête aux pieds comme si nous étions évadés de travaux forcés, tant pis pour tout ça. Et tant mieux. C'est ça le théâtre, le vrai théâtre, celui où on se donne.

Le public, lui, a pigé tout le texte, a rapidement compris le système, et a applaudi ces comédiens amateurs pas comme les autres dans une prestation pas comme les autres, dirigés par une bonne femme ordinaire dont ils s'étonnent de ce qu'elle arrive à faire faire à ces générations confondues, ces comédiens aux masques tombés quand ils sont sous les projecteurs, fards aux pieds du public, dans leur fragilité et leur force offertes à nu.


Et comme chaque année porte sa surprise, ce truc en plus qu'on n'attendait pas

J'ai eu l'agréable plaisir de faire la connaissance de votre compagnie lors d'une manifestation dans la salle des fêtes du Boucau. Mon intuition me pousse à voir enfin la troupe évoluer sur scène. De mémoire, vous m'aviez parlé d'une création qui se jouerait le 6 juin. En quel lieu, à quelle heure et quel en est le prix ? Pourriez-vous effacer d'un souffle mes interrogations ? Merci. Gilles

Ceci est la teneur d'un sms que j'ai reçu quelques jours avant le jour du spectacle. L'auteur, dont je découvrais le prénom mais que j'ai forcément reconnu grâce au contenu du sms, n'était autre qu'un inconnu qui m'avait interpelée lors d'une prestation précédente, dans la salle. Et qui m'avait fait part de ce formidable coup de coeur lors de ce jour là, concernant à la fois les textes qui y avaient été dits, la manière dont ils avaient été dits (la voix de Ys est carrément magique, je lui avais filé au dernier moment des trucs en plus, carrément), le tonus de la troupe et me concernant, cette improvisation totale tout au long de la soirée, de laquelle il semble que l'impact humain fut assez fort, si j'en juge les échos depuis ce jour.

Cet homme d'une trentaine d'années et récemment installé dans la ville, nous a rejoint sur mon invitation. Mais plus que cela. Il nous a littéralement accompagnés. Partout. dans les loges, les coulisses, dans l'accompagnement aux jeunes, dans la préparation, le rangement, le pot d'après au bar du théâtre, le retour du matériel à la loge sous une pluie battante vers 1h1/2 du matin, et jusque chez moi lorsque nous nous y sommes tous retrouvés, trempés et rieurs, drap de bain circulant de mains en mains pour nous sécher, puis entre les verres de vin et le saucisson, les tartines improvisées, les discussions tour à tour graves et légères, les éclats de rire, les larmes dans les yeux, la décompression, la complicité, le lien de "notre famille d'artistes", enfin, toutes ces choses du coeur, vous savez...

jusqu'à 4h1/2 du matin, où, rompus, nous nous sommes quittés pour dormir, de ce sommeil enfin libéré de tant de pression et de trac, de trouille au ventre jusqu'au bout, d'imprévus à gérer, de gestes complémentaires, de tout ça, tout ça et plus encore, tout ce qui ne sera jamais dit par impossibilité tant tout est dense et intense à la fois, dans une sorte de chaos inénarrable.

Aujourd'hui j'ai reçu ce petit message, que je garde en guise de symbole pour expliquer la force de ces heures qui ont commencé bien avant l'heure, et qui ne se finissent jamais dès lors qu'on se sent vivant :

Je te souhaite une bonne fête des mamans. Je suis très heureux de ce délicieux instant où nos âmes se sont entrouvertes l'une à l'autre. Affection. Gilles

J'ai reçu ce message parmi les amis qui étaient depuis le midi autour de ma table, dehors. Je leur ai lu, parce que "Ro" représente dans ce message tous mes compagnons de scène.
Je crois que j'abrite en mon coeur un être important de plus. Un peu plus âgé que mes garçons, mais l'âge n'a pas tant d'importance. Stéphane et Gilles ont le même âge. Le coeur, lui, n'a pas de limite, quel que soit l'âge.

J'ai une grande famille.



Article ajouté le 2009-06-08 , consulté 119 fois

Commentaires


Romane le 25/06/2009 à 14:09:06
Je suggère alors que tu formules par : je "nous" remercie (nous = tout le groupe de vous, comédiens) car tu en fais partie au même titre que chacun d'entre eux.

Je disais l'autre jour aux ados de mon groupe, "vous êtes une famille". Puis j'ai rectifié, avec un clin d'oeil pour accompagner ma rectif : "nous sommes une famille" et j'ai précisé que le "nous" se compose : d'eux, de JLouis, de Gérard, des SDR et... de moi".
Ça fait du bien de bien préciser. Comme ça, on n'oublie personne ; une famille, c'est l'intégralité. Pas un petit bout sans les autres.

ysandre le 25/06/2009 à 14:05:32
Tout à fait d'accord avec toi, je n'ai pas eu le bonheur de connaitre Ghislaine mais elle ne méritait certainement pas qu'on l'oublie ou qu'on la dénigre. C'est bien de lui avoir dédié cette pièce.
Non bien sûr, tu n'as pas oublié les comédiens, c'est moi, là, qui leur dit merci, pour leur gentillesse, leur talent et leur esprit d'équipe.
Romane le 25/06/2009 à 12:42:23
Je ne sais pas pour les autres, mais pour ce qui me concerne le théâtre n'a jamais été source de dépression, mais au contraire de vibrations et d'émerveillements successifs. Le baisser du rideau est comme une boîte aux trésors dont on referme le couvercle jusqu'au prochain rendez-vous, et tous ces trésors là flamboient dans la mémoire sans que rien ne puisse le ternir. L'envers du décor est à mes yeux aussi exaltant que l'endroit. Ce que le public ne voit pas, n'imagine sans doute même pas, c'est tout ce travail humain collectif, ces découvertes sans fin à multiples horizons, et "cet étrange phénomène qui tient à la fois de l'exaltation, de la souffrance et du miracle" qu'est la double création offerte d'abord à mes comédiens, ensuite ensemble au public. Rien que du bonheur.

L'énergie est un fabuleux trésor (un autre !) qui se transmet d'un être à l'autre lorsqu'ils construisent ensemble. Je ressors souvent épuisée physiquement d'une séance théâtre, comme tout le monde, puisqu'il y a engagement physique. Mais toujours régénérée sur le plan énergétique, car ce que j'ai donné, je l'ai aussi reçu et réciproquement.

Et enfin oui, merci et bravo aux comédiens que je ne pense pas avoir oublié une seule seconde dans l'article de cette page, et que je prends bien soin de mettre en avant en refusant systématiquement que figure ma propre photo dans les articles journaux ; ce sont eux qui font tout le travail, pendant que je tricote dans le noir de la salle, je n'oublie jamais cela.

J'en profite au passage pour ajouter que j'ai souhaité dédier cette soirée à Ghislaine, oubliée par beaucoup après avoir fait l'objet d'une démolition en règle par des partis politiques pour qui la jeunesse et ses aspirations n'ont visiblement aucune importance. Parce que l'oubli est facile, le dénigrement aussi, et que tuer la beauté m'insupporte.

ysandre le 25/06/2009 à 11:52:25
Oui mais après les représentations, il y a l'épuisement de celui ou celle qui a tout tenu sur ses épaules qui déprime un peu et s'effondre.
Quand a l'énergie, elle ne se transmet pas, nous la générons nous mêmes.
L'envers du décor est parfois décevant, mais quelle expérience, quel enrichissement pour une troupe soudée dans un même élan. Merci aussi aux comédiens (meme si ce ne sont pas des pros.)
ysandre le 22/06/2009 à 01:46:27
c'est merveilleux le théâtre, magnifique, lumineux, et douloureux à la fois, quand il s'agit d'exprimer la colère (quand on n'est pas coléreux ni colérique) mais j'ai un partenaire extraordinaire et si gentil ! et puis exprimer la peur... il faut s'y mettre quand même !!! au point que Ro m'a visée avec un fusil (elle en avait pas) mais moi, j'en ai vu un !!! l'horreur !!!! ce qui fait que j'ai eu vraiment peur ! et crac ! on peut tout dire, tout exprimer au théâtre. Maintenant je voudrais "dire" la douleur ! c'est nouveau, ça vient de sortir ! je pense qu'elle peut aussi me faire faire ça !
Romane le 18/06/2009 à 17:14:34
Thim, l'aventure qu'a connu ta fille est extra et a du lui laisser des souvenirs impérissables ! L'aventure des planches n'est pas qu'une simple aventure ; c'est la vie tout bêtement, mais en prise de conscience totale pour qui parvient à appréhender toutes ses facettes.

Ysandre, ben oui, c'est merveilleux, je me tue à le dire depuis des années, mais tu n'en es qu'au tout début, tu as encore beaucoup à découvrir, et tout ce "beaucoup" ébranlera forcément certaines choses en toi. C'est fait pour. Alors et longue route à toi, ici, ailleurs, n'importe où.
Quant à Vilain, je vois à peu près de quoi tu parles, vu qu'on bosse ensemble...
ysandre le 17/06/2009 à 20:01:59
merveilleux théâtre où on apprend tant !
ysandre le 17/06/2009 à 20:00:30
le bonheur de découvrir le théatre ! le bonheur de s'intégrer à une troupe, je viens de connaitre tout ça ! et même si je ne reste pas j'aurais connu ce bonheur là.
Rien n'est parfait dans la vie mais je suis partie pour le théâtre, celui là ou un autre ! j'ai attrapé le virus
comme dit un ami à moi qui en a fait quarante ans. J'ai telleme'nt appris que je me sens capable d'en faire n'importe ou, avec n'importe qui. C'est merveilleux.
thimothée le 17/06/2009 à 12:35:14
Ma gamine est partie une semaine jouer au festival de théâtre de Perm en Russie au pied de l'Oural. Elle fait partie d'une troupe qui présentait un délire qui s'appelle " Dimanche, le jour du cholestérol"...
Romane le 10/06/2009 à 03:38:21
Merci Serge. Sauf que plus le temps avance, mieux je me sens dans ma peau, et j'aime me situer à ma bonne place : je ne suis qu'un tout petit élément absolument infime, dans l'univers.
Alors du coup, je me sens mieux.
"Bien centrée dans mon axe", comme je dis désormais. Ce fut long pour y parvenir mais c'est fait.
Merci encore pour ton passage.
Serge le 08/06/2009 à 19:23:04
Chapeau bas ! Grande Dame !

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