Le pont
Le pont
Je suis restée longtemps de l'autre côté
En arrêt sur image
Statufiée
les os glacés
C'est pas facile de traverser l'eau, tu sais
Elle passe en charriant sa source comme on traîne une besace précieuse
sans se défaire de sa force
Et j'avais peur.
D'elle.
Les heures ont pris l'acidité redoutée
jusqu'à la fracture des tympans
Deux mains plaquées sur les oreilles, la bouche arrondie de frayeur
Comment franchir, dis, comment
Il y a quoi sur l'autre berge ?
Quel jour quelle nuit ?
Quel festin de trop qui mettrait en exergue la disette d'avant ?
Est-ce que le plat de l'horizon cacherait les cimes d'un paradis merveilleux, ou n'est-il que ce que je vois, sans relief ni saveur autre que celle d'un désert encore ?
Que vais-je noyer pendant la traversée ? La chanson des reclus ? Le grincement prématuré d'un autre verrou ?
Fifty-fifty, va savoir, le grand saut rassemble toutes les inconnues
Et après ?
Y'a quoi, sur l'autre berge ?
Je suis restée longtemps de l'autre côté
à crever par défaut au point culminant de la cage de verre
Insupportable
Insupportée
Un trou dans la gorge des cris en travers
Grève générale, branle bas de combat, faites vos jeux, rien ne va plus, rien ne va plus
rien ne va plus
Rien
.
Tu sais, ce petit point plus sombre là bas loin
en accroche-regard
Sourcils haussés en chapeaux pointus, je l'ai vu
étonnée
Ce petit point Lui
On aurait dit une suspension provisoire
Le tremblement d'un sursis avant qu'il se prononce
On aurait dit une hésitation
presque un doute
un temps mort en fronce-vie
enfin un silence, quoi. Oui, c'est ça, un silence.
Le même que celui de la goutte d'eau, quand elle vient de grossir et qu'elle ne sait pas encore quand elle va se décrocher
et tomber
Tomber
Tomber...
Avant de lâcher prise, le monde autour d'elle cesse de respirer
Alors j'ai crié.
Souviens-toi de la déchirure de l'air ce jour là
Un couteau en traverse-ligne droite
d'une rive à l'autre
C'est comme ça que j'ai fabriqué le pont
avant de le traverser.
Romane

Commentaires
Romane le 14/01/2009 à 23:10:30Un regard en arrière. Je suis déjà de l'autre côté.
Fidèle, toi.
Je t'embrasse, Serge.
Serge le 14/01/2009 à 15:19:47
Derrière l'apparente spontanéité de l'écriture dialoguée se dégagent comme une réflexion poétique,une nostalgie mélancolique peut-être même quelques désillusions. Il faut pourtant bien le traverser ce pont !