La robe émeraude
- Dis maman, pourquoi t’es triste ?
J’suis pas triste, Ninette, j’suis pas triste. J’ai juste un temps d’arrêt pour reposer mes gestes. Pour que mes mains se posent sur mes genoux. Pour qu’elles arrêtent de se tendre vers là-bas. Le temps de respirer. Le temps de tenir droite. Le temps d’attendre encore un peu. Il faudra tant de jours, tant de nuits, tant de noyades dans le cœur. A trop fouiller derrière le petit trait du lointain, la faim brûle mes yeux. Alors je les ferme. Par dedans eux, l’horizon n’existe plus, Ninette. Par dedans eux je caresse le bitume. On dirait l’évasion. On dirait l’après. On dirait l’enfin.
J’suis pas triste. Juste que des fois, j’sais plus ce que je fais là. Un temps de rien. Un vertige.
L’autre terre, là bas… Ses plis d’émeraude en profondes vallées, je les devine déposés, froissés autour de son œil étiré.
On dirait la robe des noces qui m’attendent.
Demain…

Commentaires
Romane le 02/02/2009 à 16:12:16C'est la mariée en robe d'émeraude. Je n'ai pas pensé à la mort, mais en lisant ton commentaire, j'ai relu le texte avec un autre regard et me suis dit qu'on pouvait effectivement l'interpréter aussi dans ce sens. Quel mystère que les mots, vraiment... !
Belle journée à toi !
Serge site : serge.maisonnier.over-blog.fr/ | le 02/02/2009 à 10:20:11
Elles sont bien jolies ces "noyades dans le coeur".
Les vieux grecs associaient la mort au sommeil(Thanatos est le frère d'Hypnos).
Le grand sommeil qui nous attends tous tel un manteau neigeux comme celui qui recouvre actuellement la région parisienne. A moins que ce soient des noces avec une mariée en robe émeraude.