Le miroir
Il aurait pu ne jamais être inventé si lisse et nous ne l'aurions pas accroché dans notre salle de bains ou sur la cheminée, ou dans les magasins. Il aurait pu.Il existait déjà, sans qu'on ait besoin de l'inventer. Dans l'eau du lac. Dans le regard des autres. Sur la scène.
J'aime bien qu'il ait été conçu et fabriqué. Suspendu là, contre la porte de l'armoire de ma chambre. Quand je mes yeux "me croisent" au passage et sans "me chercher", peut-être il me permet, par le symbole qu'il représente, de mettre en exergue ce qui ne se voit pas, là-dedans enfoui, impalpable et sans nom. Comme la lumière, qui n'existerait pas sans l'ombre.
J'ai mille miroirs partout autour de moi, ils sont vos yeux qui me traduisent à l'endroit, à l'envers, sous cet angle ou cet autre, vos yeux qui souvent vont au-delà de l'apparence parce qu'ils ont cette capacité, grâce à votre impalpable sans nom, d'aller à la rencontre d'un bout du mien.
J'ai mille miroirs partout encore, plus loin que vous, ils sont l'humanité qui me renvoie l'image en kit de ce que je suis, éparpillée en elle, l'humanité. Ses actes par delà le temps d'aujourd'hui, depuis le jour premier et sa résonnance jusqu'au dernier que je ne connais pas encore.
J'ai mille miroirs sur scène, quand le clown pose son nez rouge et son rire et ses maladresses, et que je sais qu'au-delà de son maquillage, peuvent couler les larmes, et qu'en dessous sa veste grossière peut souffrir un coeur. Il parait ce que je parais, ce que l'humanité parait. Lui aussi il Est. Lui, et tous les comédiens, qui abandonnent leur Je pour le Jeu dans l'instant d'une vie inventée, la vôtre, la mienne, celle de l'humanité.
J'ai mille miroirs partout où je pose mes yeux. Jusque dans les mots que j'écris, ici ou là, comme ceci ou autrement, eux reflets de mon impalpable sans nom...
L'image est cadeau, elle montre aussi ce qu'elle cache...

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