Je suis l'isolement... je ne suis qu'une idée confuse...
Je suis l'isolement... je ne suis qu'une idée confuse...
Je suis l’isolement … je ne suis qu’une idée confuse... depuis que tomba ce jour là, la nouvelle du départ d'Ibrahim. Brutalement. Là, comme ça. Je me souviens.
Je suis l’isolement … je ne suis qu’une idée confuse... Le train s'est ébranlé presque furtivement. La gare s'est enfuie de glissement en glissement, et puis les premiers quartiers du centre ville dans la nuit tombante, les rues entre les murs. Les murs entre les terres.
Je suis l’isolement … je ne suis qu’une idée confuse... On m'aurait arraché un bras que ça n'aurait pas été pire. Ibrahim, mon siamois, mon frangin, mon pote des années galères. Pas un jour sans que j'y pense. Il y a comme un trou dans les bruits de la ville. L'échancrure de ton absence.
Je suis l’isolement … je ne suis qu’une idée confuse... Mon frère, compagnon de tout ce temps, je m'en vais mais je ne te quitte pas. Il y avait trop d'incertitudes. Trop de cavales pour leur échapper. Trop de traque et tous ces couloirs. L'incarcération de papier. Et puis l'incarcération tout court.
Je suis l’isolement … je ne suis qu’une idée confuse... J'ai honte de mon pays. Les Droits de l'Homme n'ont pas de sens. Les mots sont vains. Leurres. Dans la ville aux mélanges des couleurs, je ne vois pas d'arc-en-ciel. Juste des puissants et des soumis. Et les autres qui ne font rien, témoins de chiffons en quête d'eux-mêmes. Peut-être, ou peut-être pas. Et moi devant cette boîte vide parce que même le fond a été soigneusement nettoyé. J'ai même plus de tabac. Tu as bien fait de partir. J'ai un trou, là. Sous ma chemise, du côté gauche. Les armes n'auraient pas fait pire.
Je suis l’isolement … je ne suis qu’une idée confuse... Je n'ai pas de terre. Ni de toit. Ma famille c'est toi. On aurait pu. Même traverser le gel. Même avoir faim souvent. On aurait pu. La chance tourne parfois, qui sait ? Je les regarde dans le wagon. Ils partent tous vers une destination sûre. La mienne demeure aléatoire. Un jour ici, un jour ailleurs. A petits points bouffer les frontières. J'ai faim.
Je suis l’isolement … je ne suis qu’une idée confuse...
La distance entre la ville et le train est actuellement de mille cinquante deux kilomètres. Elle n'a pas fini de s'étirer. On ne sait pas si elle a une fin. On sait juste qu'à chaque extrémité, ils ont faim. Du ventre et du coeur.
Je suis l’isolement … je ne suis qu’une idée confuse...
Romane

Commentaires
Romane le 25/05/2009 à 02:24:34Merci Roudane, mais ceci n'est pas un texte auto-biographique, simple fiction en observant autour de moi. Simplement il me tient à coeur de souligner à ma mesure et selon mes petits moyens, des situations, des états singuliers.
Merci de ta visite, au plaisir de te retrouver.
roudane le 23/05/2009 à 14:43:24
bonjour.
je viens pour la première fois dans ce blog.En naviguant sur le net , je suis tombé par hasard sur votre texte . il est impréssionnant. vous avez beaucoups de talent. je comprends votre douleur, quand on n'a plus de racine .Vous n'êtes plus dans l'isolement maintenant,vous avez avec qui partagé vos sentiments.
Ro le 03/05/2009 à 16:16:22
De tes trois piliers je suis l'un, ma belle Ys, mais chacun de nous tous traverse des moments d'idées confuses, même les piliers (clin d'oeil)
Mais tu l'auras compris, ici n'est pas un texte destiné à me dessiner en mots, mais à un certain regard sur une certaine politique. A peine une ébauche. Je ne suis d'ailleurs pas la mieux placée pour en parler aussi bien que je le voudrais.
ysandre le 03/05/2009 à 15:47:06
Oh non, tu n'es pas qu'une idée confuse !
tu es un foisonnement d'idées, la clarté de ta pensée est celle d'un soleil mille fois reflété par ce que tu apprends aux autres.
Tu es ma nouvelles richesse. Tu m'as ouverts des horizons infinis...
NON tu n'es pas qu'une idée confuse mon amie.