Les mots broyés
J’ai mal à mes mots et je me fais la malle dans l’auto infernale.J’ai mal à mes mots j’ai des maux en eau de vie séchée sur la brèche de ce veau qu’en finit pas d’avancer qu’en finit pas de traîner le noir de ma pensée dans l’échevau de mon cerveau sous mes cheveux et ça chuinte-moteur et ça perturbe le cœur et ça saigne rouge délavé sans que l’hémorragie dans son remous cesse son flux à bâtons rompus en boucles d’artères noires aussi noires que j’ai du noir aux nœuds des doigts des carrefours du jour à arpenter à bitumer à biturer à barbiturer à gribouiller en litanie à gros lacets entrelacés comme les heures à filer sans se défiler de la folie comme ils disent mais comment pourraient ils comprendre que je m’en fous en faufilant le petit alphabet sans ordonnance ni différence que la mienne alors que vous de l’autre côté de mes roues ciselées d’encre d’en-crié que je suis ne possédez pas la passion mais l’indifférence sans différence de celle des passants et que de votre impatience vous fermez en clic et en clac à clé la porte par laquelle je m’échappe en toute liberté sans un soupir ni même un mot pour déplomber le couvercle de l’hôpital et m’enrôler dans le labyrinthe des éreintés de la déconvenue aux avenues de la liberté que vous n’atteindrez jamais engoncés dans vos guêtres et vos préceptes et votre rigidité à plomber la rapidité des instants que personne ne pourra me voler.
Je m’envole à tire-mots-broyés.
Romane



Dwight Mackintosh (1906-1999) sans titre.

Commentaires
Romane le 04/05/2009 à 21:08:41Il existe des astuces, dans ce type d'interventions. Si je devais le dire, bien sûr que je m'en servirais ! Pas question de mourir étouffé sur scène, hein.
Ou alors éventuellement je file le texte à mon pire ennemi. Le problème est de trouver un pire ennemi. tsss
Serge le 04/05/2009 à 20:40:02
Bon, je recommence parce que ça patine dur ce soir sur blog4ever ! Je disais donc qu'il te faudra du souffle pour assurer le débit de ce texte sans ponctuation.
Romane le 04/05/2009 à 20:09:28
Tu es la deuxième personne à me dire qu'il serait à déclamer, je vais finir par le croire.
Alors je verrais bien plusieurs possibilités, en tout cas toutes assez tournées vers l'obsessionnel.
Merci de ton passage !
Serge site : http://serge.maisonnier.over-blog.fr/ | le 04/05/2009 à 19:49:33
C'est du Proust revisité (question longueur de phrase... parce que le style ,lui, est peut-être différent).
C'est un de ceux, que j'ai lu ici, qui m'emballe le plus.
Je te verrais bien le déclamer sur une scène tellement il prend bien aux tripes.