L'art d'être

L'art d'être

Il s'envole, avec son violon il s'envole, bien au-delà de la danse des vagues, bien après le dernier flottement du voilier, là bas, à l'horizon, sur le trait du crépuscule. Vorace, il s'envole. Il boit le glissement des oiseaux, le sable en petits roulis crisseurs sous la plante des pieds. Il avale le sel des algues et les picotements du ressac, et le galet qu'était là, paumé, orphelin, lui tout seul parmi tout ce fourbi.

Je t'écoute, toi dont l'épaule épouse l'instrument. Je t'écoute et vois-tu, je ne sais déjà plus tout à fait d'où je viens, où je vais. Je sais seulement l'instant et son soupçon d'étoiles à percer le sombre pendant que le cercle rouge s'enfonce sans douleur dans l'eau des naufragés.

Je t'écoute. Avec l'oubli, avec l'effacement, avec ce truc aux tripes qui ne porte pas de nom. Avec ce couperet qui suspend le souffle, verbe anesthésié.

La ville s'effondre sans fracas ni poussière. Leurs rendez-vous manqués, à eux, dans le dédale des rues, se sont assis parmi les décombres. Il n'y a plus ni train, ni voiture, ni piétons, ni même les marelles à l'ombre des platanes. Ils s'effacent un à un, tous ceux-là et leurs siècles de science, leurs itinéraires technologiques, leur ventre creux d'amour, leurs cris d'affamés et leurs flashs de leurres.
Je n'ai plus ni père, ni mère.
Il suffirait de laisser glisser ma paume le long de mes jambes pour ne plus y trouver la mémoire de mes amours défaites. Ne pas bouger.

Je t'écoute, immobile, assise là, quelque part d'on ne sait où. Je ne suis plus que moi. Entière. Vierge et entière.

De ton violon émane un long voyage. Compagne d'évasion, tu vois bien, je suis partie plus loin, avec pour tout bagage ce que je ne veux plus, et ce que je veux.
Entière.

Romane


Article ajouté le 2009-06-24 , consulté 101 fois

Commentaires


Romane le 24/06/2009 à 23:04:37
Un bug passager, je suppose. Ce n'est pas la première fois que l'ordi n'en fait qu'à sa tête. Nous sommes tous rebelles dans la famille (tss). Le violon, peut-être ?

serge le 24/06/2009 à 08:35:49
Eh bien, Romane, la prose poétique te va bien !
C'est un air de violon qui résonnera longtemps dans ma tête.
A part ça, ton site est envahi de mystérieux et désagréables ? qui remplacent la plupart des voyelles.

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