Nabokov - Lolita

Sa vie, son oeuvre :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Vladimir_Nabokov
J'achève la lecture de Lolita, qu'il n'était pas possible de laisser moisir davantage sur une étagère. Attirée par l'histoire tumultueuse que déclencha le roman en Amérique à l'époque précisément où l'enfant roi faisait son entrée en scène, poussée par la curiosité : comment un auteur peut-il se mettre dans la peau d'un pédophile, étrange personnage repoussant dans la vie de tous les jours, qui lui aussi défraye la chronique des faits divers lorsqu'une histoire surgit à la surface. Et puis bien sûr, quel style que celui d'un auteur aussi célèbre que Nabokov.
Je n'ai pas été déçue. Il fallait oser l'histoire, oser créer ces personnages et s'y tenir, sans perdre le fil du talent littéraire d'un Nabokov que je découvre jongleur et avec quelle force !
Humbert-Humbert à la personnalité trouble, un homme d'un âge mûr attiré par les nymphettes au point qu'il en est obsédé. Nulle ne peut échapper à son regard acéré, Lolita plus que toute autre en verra sa vie bouleversée. Cette petite peste au caractère bien trempé oscille entre l'enfance encore naïve et la perversion d'un virage où la séduction jouera un rôle important, profiteuse, provocante, elle-même en double jeu (en double je) devant l'homme qui chaque jour devient un peu plus fou d'elle, dans la terrifiante conscience de ce qu'il lui impose et de ce qu'il auto-subit de son obsession.
On entre de plein fouet dans une situation qui nous dépasse d'autant plus que le personnage Humbert n'est autre que celui d'un homme en souffrance, face à cette gamine tour à tour victime et machiavélique, pendant qu'il finit par s'avouer qu'il l'aime éperdument telle qu'elle est, même vieillissante du haut de ses dix sept ans, plus tard dans l'histoire. Il s'écoeure lui-même, on assiste à de fichus paradoxes en ce personnage qu'on ne parvient jamais tout à fait à détester définitivement.
Un cercle vicieux duquel on ne sort pas indemne, d'autant que Nabokov use généreusement de son style bien trempé.
J'ai du faire une pause à mi-chemin, sortir un instant, prendre l'air. Non que le livre m'ennuyait, bien au contraire, mais justement parce qu'il donne si dense à la lecture et bien après, qu'il fallait bien reprendre souffle avant d'y replonger.
En fouillant, je trouve un article assez remarquable et vous en livre ici le lien. Je voudrais en citer un passage :
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« Ma tragédie personnelle, explique-t-il dans une postface à « Lolita », est qu'il m'a fallu troquer mon idiome naturel, mon vocabulaire russe si riche, libre de toute contrainte et si merveilleusement docile, contre un mauvais anglais de remplacement dépourvu de tous les accessoires - le miroir surprise, le rideau de fond en velours noir, les traditions et associations tacites - que l'illusionniste de terroir, queue de pie au vent, manipule avec une aisance magique afin de transcender à son gré l'héritage national »
Source : http://listserv.ucsb.edu/lsv-cgi-bin/wa?A3=ind0304&L=nabokv-l&P=1440423&E=1&B=------%3D_NextPart_001_0002_01C30C24.87D75CE0&T=text%2Fhtml |
