Nabokov - Ada ou l'Ardeur

Ada ou l'Ardeur - Nabokov


"Ada est probablement l’œuvre pour laquelle j'aimerais qu'on se souvienne de moi" - Nabokov

Et comment ! Si Lolita m'avait attirée afin de me faire une opinion sur ce qui avait bien pu mettre le monde littéraire sans dessus-dessous (pour trouver au final un tour de force grâce au chassé-croisé du caractère des personnages, bousculant un peu plus les esprit coincés), je n'en conserverai pas un souvenir aussi ébloui que celui dans lequel Ada m'a immergée.

L'écriture est foisonnante, bouillonnante, véritable ruche à idées mêlant les acquis à l'exquise imagination poétique, drôle, pertinente de notre auteur qui n'a pas lésiné à sortir cent surprises à la phrase. On entre dans une phrase, on en ressort aventurier épuisé mais comblé par le voyage pour lequel Nabokov nous convie. Un pantagruélique festin dont pour ma part je ne me remettrai pas davantage que lorsque j'ai lu Belle du Seigneur (Albert Cohen)

Pas question ici de raconter l'histoire. Dire qu'il s'agit d'une formidable histoire d'amour serait réduire l'oeuvre à peau de chagrin en laissant imaginer un p'tit roman sympa sans plus. Or non, justement. Ada et son ardeur sont un joyau de la littérature, à ne pas confondre avec n'importe quoi.
Il faut commencer par le début et ne plus respirer jusqu'à la fin, soit 766 pages plus loin. Outre le caractère bien trempé des personnages qu'on pourrait s'attendre à voir surgir à tout moment hors du livre, la complexité de l'histoire n'est pas entachée par le passage constant du "il" au "je", confondant le narrateur et le personnage principal, heureux mélange, joyeux mélange.

J'ai lu dans un article que certains se seraient perdus dans le foisonnement des trouvailles Nabokoviennes. Eh bien non ! Il suffit de se laisser emporter, de savourer les jeux de l'écriture merveilleuse, sa formidable liberté dans une aisance pour le moins époustouflante.

Nabokov était parait-il un professeur terriblement pointilleux qui n'admettait aucun écart. Sa rigueur est sans aucun doute à l'origine de la parfaite maîtrise de la liberté qu'il s'accordait. Peu d'auteurs ne s'y casseraient pas les dents. Lui non. Il a l'aisance de l'acrobate et l'imagination décuplée.

Voilà enfin de la belle littérature !


15-08-2011 | 204 vues

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