Tziganies - Gui

Il porte le monde et ses amertumes, ses galops, ses brûlures et ses glaces, il porte la mémoire, les regards, la liberté inconditionnellement rebelle, liberté d'être, d'être soi, de chacun à chacun grâce aux différences. Il porte sous ses pieds la géographie arpentée des routes de fuite ou de quête ou de rien, les routes de l'instant.
Après... Après viendra comme il pourra.
A Gui.

Romane


Tricot Floral

Et l'aube taffetas
Dans son corset d'opale
Chiffonne les nuits sapins
A la scie musicale

Et des copeaux de Lune
La sciure des étoiles
Emmaillotent nos deux mains
Dans son tricot floral

Car nous sommes du tissu
Des roses virginales
Brodées chaque frais matin
A l'ambre de ses pétales

Nous sommes de ce bois
Nous sommes, toi et moi

Et l'aube musicale dans son précieux corset
Célèbre à chaque battement de cœur
L'étoffe pure de nos rosiers

En fleurs

Gui

* * *


D**DF*LGS

ou
Babylone Bazar Adrénaline

ou
Le Désastre de nos Tentations

ou
Les Méfaits de l'Alcool au Volant


L'ombre opalescente surgit des rets métalliques de son cachot. Elle grossit, nuage noir de suif, et s'accroche sur les tempes, flambées d'huile, essence grise en guise de matière cuite, elle fulmine, elle gronde, et enflamme son corps tout en entier, nuage toxique de pestilence et des toujours trop d'elles, toujours trop les mêmes, ces fumées trop noires qui mazoutent sa caboche de fuel : le désastre de la tentation.

Rien que lui. Si peu, et pourtant au mieux, lui, sacrément furieux, l'esprit à l'envers dans un sablier sans trou ni fond, cette féroce envie de lâcher prise, pour une fois, juste celle-là, pour croiser à nouveau ces visages qui s'estompent dans les déjections de vers flambant neufs, à l'abri, au chaud sous les canines de la création, comme on brûle un cierge : patiemment, il se découvre et se délie.

Plus il cherche, plus il tente de lutter ; plus il lutte, plus il est tenté de les chercher, ces flous tragiques aux visages perdus, reflets dans la mare bileuse des liqueurs de gazoline, et ces voix chutes, elles n'ont plus ce ton, il ne les reconnaît plus. Elles sont partout ses voix, tout part, de partout, ces réflexions multiples, des carrefours vitreux, parce qu'à trop réfléchir, il brûle son cerveau dans des directions bouillantes d'incendie. Son coffre prend feu aussi, torche amen menée au bûcher des affreuses, les délicates, les humaines, ce qu'elles signifient, et même le sens s'enfuit : chaque jour une autre boussole pour chaque nuit une nouvelle destination, ne pas perdre le nord, ne pas prendre la mort, ce virage assassin, plein phares, pied au plancher pour demain, et le chemin s'allonge à mesure qu'il se réfléchit sur cette peut-être, qui sait, sait-on jamais, la sait-on en vrai, la bonne marche à suivre ? Gyrophares lumineux, clignotants rouge, blanc, bleu, l'ambulance aboie, le cadavre passe, la cervelle en premier, sur les soupçons sans réponses des crânes blancs de nos mauvaises nuits.

Il a un flou dans l'esprit. Toujours ce même mirage : un train qui divague, et qui rebondit, et qui crache des flammes, et qui rugit, en trois huit, une fois pour lui, une fois pour vous, une fois pour eux, la figure basse et sans voie, déraillements de la sienne, cancrelats de sainte trinité, huit heures à saper, à forer des riens pour creuser des tombes sur les jours à venir, histoire de ne pas être déçu, histoire de s'y préparer.

A cette haine, profonde, sérieuse, incompréhensible, incomprise, incompressible, ne rien en dire pour en penser chaque fois davantage dans ce vrombissement macabre des derniers jours et des souvenirs à tuer, alignés comme des piquets sur des autoroutes à sens unique : il faut mettre sa ceinture et embarquer : il faut vivre debout : il faut coûter à chaque fin de passage, et voir grossir sur les poteaux des champs de fleurs anonymes, pour goutter mieux, et toujours, et encore, et encore toujours mieux au miracle d'être : un homme encore vivant... Mais les péages sont toujours payants alors il paie sa mine de bois et conduit, croquis de soi sur le réseau urbain des tous d'avant. Pour une fois, ce soir, celui-là, l'itinéraire c'est lui !, c'est vous !, c'est eux !, parce qu'il ne se mène à rien, pas même à un point sur la carte, pas même à une piste effacée sur le carte des à-venir. Il se veut le mirage, pour s'échapper dans un dédale de fumigènes rouge, blanc, bleu, quand la maréchaussée nettoie son corps sous le regard d'anges asphaltiques et froids, le duvet collé au goudron, ce pourtour de craie et autour, partout à son tour, tout un cirque, tout un cercle, un parterre de voix éplorées, une ronde d'amis qui jettent des fleurs dans un cercueil, la mâchoire tendue, les larmes qui pleuvrotent sur la vitre du corbillard.

On a dégagé la rue et l'ombre s'évapore, le réverbère dira qu'il était fatigué, alors il s'éteindra et le lendemain, rien n'aura plus de sens parce que demain, l'opale ambulance s'est envolée, ne reste plus que le chagrin et lui : quand il tend la main, elle n'attrape jamais la pluie ; lorsque la foi s'envole, même les plumes sont des clous qui ne portent plus aucun don sous les coups de burin.
Et demain, le flou, c'est un ami qui prie, et demain, le flou, c'est un brouillard sous la pluie alors que la voiture prend feu, la jauge d'essence, elle clignote, " je vais exploser putain ! ", mais demain aussi, il va où ?
Dans ce miracle incertain ?, ce peu de riens qui gouverne nos choses ?, une certaine idée de nos vies et de nos morts, comme elles sont, pauvres dessous le silence, ces voix sourdes, interrogées, interloquées, qui s'affirment toujours, toujours, toujours, en points d'exclamation ! Alors il faudrait hurler maintenant !, et laisser les étoiles se fracasser sur nos rêves, tant qu'elles filent et tant qu'elles peuvent, astres tentateurs des maudits ! Parce que demain,

on ira où, putain ?

Vers ces tombes plein les neurones, autoroutes conjonctivites, vite, vite, des chemins de croix semés d'yeux narquois, brûle, creuse, brûle, crève, va t'effacer sur ta nausée, crachote cette vie comme elle te tient, comme elle te force la main, allez, comme un soupir de fumée quand le squelettique gendarme, un doigt sur la gâchette, te lance un " Monsieur, veuillez vous ranger sur le bas-côté, s'il vous plaît " et bang ! bang !, le rétro part en fumée, ta tête juste à côté, on est toujours mieux à côté : perspective efficace, regard de biais qui draine et qui se chasse ; en trois dimensions, tu te sens toujours mieux étouffer, le bras dans la trachée, le mien sur tes poignets, brûle, crève, brûle, cède, ça vaut pas la peine de regarder, ça vaut pas non, ça vaut pas toute cette peine à résister : je suis ! le brancardier !

Et je traîne, et je te malmène, et je t'ambulance, pied au plancher, sirènes au plafond, tiens bon tiens, suis le chemin !, un trou, deux trous, trois fois rien, " j'ai un macchabée qui pisse du nez, pupilles dilatées, poumons perforés, ne répond plus à mes fins ! ", et on dégage, allez, allez, on évacue, on fait de la place, il reste encore des corps à enterrer ? : - Oui, moi ! Je suis là ! - C'est pour quoi ? - J'ai un besoin vital de respirer... - Vous avez de l'argent ? - Non, malheureusement... - Navré Monsieur, l'aide sociale c'est juste en bas, mais il faut vous dépêcher, on n'a pas trop le choix !

Le bas, c'est un encore de marches à répétition, une torture à la va-vite alors que je joue des coudes chez les moribonds, je jouais déjà à l'époque, moi, je jouais au violon mais j'étais paresseux et je ne jouais que pour moi, moi, moi, moi, moi, moi, encore moi… Je me sens pourtant bon tandis que je m'exécute auprès de l'assistant à la grande pesée des âmes, et au moment où j'y suis, à ce moment où je deviens ce pur de gitan aux belles mains, on me jette en dehors du souffle. Tiens bon tiens, suis le chemin !

Ascenseur, musique d'ascenseur, la belle affaire : je remonte, on ne me donne pas le choix, ding !, et " on dégage, allez, allez, on évacue, on fait de la place, il reste encore des corps à enterrer ? " : - Oui, moi ! Je suis là, je reviens d'en bas ! - Déjà ? Bon, mettez vous à la file.

Je file dans l'attente et j'attends, je demeure, je pourris, je moisis, je décrépis, " C'est quand même con de m'être fait voler la vie ! " Autour de moi, des visages tout à fait bénis, le Père et le Fils ne regardent plus que le Saint Esprit, l'horizon des orbites sur mon cœur se fait vertical, mon à-venir se joint au tombeau, mine de rien, on dirait qu'ils me scrutent comme une bête malade, j'étouffe un " C'est possible de respirer ici ! "

- Ferme ta gueule ! Tu vois bien que t'es blousé !
- Qui me parle ?
- T'occupes ! T'es bluesé !

Mes yeux se font radar sous-marin à la recherche d'une voix, je cherche des lèvres, des dents, des gencives, des caries, aucun signal à bord : qui me parle ? , qui est là ?, qui me veut du mal ?

Des anges s'épuisent à force de battre des ailes. Ils meurent, les plumes mazoutées, en petits drapeaux morts, suffocants. Le vent fait claquer leurs os sur les poteaux. De loin me parvient une phrase qui se prolonge en vain vers mon rien, rien, rien, rien, rien... Les cancrelats cafardent délictueusement au long cours de mes veines et suintent et s'écoulent sur les pores de ma peau jusque dans les angelures de mes ongles, ils s'affairent, ils s'occupent, ils placardent de gros panneaux sur les tréfonds mirauds de minuit :

" DEFENSE DE S'AFFICHER "

Je n'avais jamais eu peur mais maintenant j'y suis, l'enfer se dérobe à ma raison, on étouffe, ça pue, ça gicle de partout, des tremblements à la pelle, en veux-tu ?, en voilà !, je suis cynisme, je suis mon séisme, je me tutoie, tu me tues toi, j'en oublie les voyelles m**s l*s v**x, *ll*s, n* t'*ubl**nt p*s ; elles t'ont construit un joli mur de briques branlantes dans le coffre de ton cerveau, trouve la clé, cherche la clé, - Tu l'as planquée où, putain ?! - Cherche ! - J'ai ! ; je tourne la clé, j'ouvre à double tour, et vas-y ! Lance-toi dans la centrifugeuse du grand cercle des âmes ! Je me mue moi, je suis utopie, je suis une toupie, je suis un boomerang, je suis le zinc enflammé à l'assaut des tours de… CRASH !

... Pause et ralenti...

Dans un mouvement abrupt des sens, dessus, dessous, partout, puisque tout part, tout s'en va, tout fout le camp, tout !, ma boîte noire s'écrase sur un pare terre de crânes fendus, hachés menus, tranchés dans le verre, des éclats plein les cheveux, flocons cristallins aux reflets délicats, cent fois toi, mille fois moi, on n'y voit plus à s'en mettre des orbites et des membres dans l'espace, les miens, les tiens, à n'en plus finir de se répandre, dispersés au vent, comme des pétales de printemps.
Le reste est sur le capot, c'est moche.
Les néons clignotant déglutissent et entreprennent de boulotter ma peau cependant que la maréchaussée nettoie, placide, proprette, inquiète. Il fait de plus en plus froid sous les rails colorés, mes paumes sont glacées, ma nuque raide ; je relève ma conscience sur mon col pour me réchauffer, plus qu'une chose à faire : grelotter en attendant que les cafards bombent les wagons de stickers, c'est extra ça !, ne chialez pas : lisez !

" DEFENSE DE S'AFFICHER "

C'est entendu. Je me jette au fossé dans un fracas de tous les diables (je sais de qui je parle) et je m'exécute (je sais de quoi je parle) : mon sang vient de gicler en signées vermillon la dernière minute, MAD MINUTE !, je défouraille, je mitraille à mort, à mort !, mon crâne s'évapore sous la carlingue.
C'est la fin.

... Un carrefour plus tard, je renais...

Pour m'exposer de nouveau. Les cafards crépitent au sein de mes franches saignées, " Non, les gars, je ne m'affiche pas là, je me nettoie, je me lave, je me purifie avant la nouvelle Chute ! Vous savez bien... En bas, tout en bas, là-bas, bien au chaud, en dessous des tours d'ivoire de Paradis. "
Je n'avais jamais eu peur mais maintenant j'y suis, l'enfer se dérobe sous mes os et ma peau se craquelle, je suis un puzzle, je suis un jeu de pistes, des fanions jaunes numérotés, cercles crayés à la main, je ne suis plus là, je me disperse, je suis prisonnier, on m'a enfermé, noir, noir, noir, clairement : l'obscurité ! ; et les cancrelats crânent un nouveau

" DEFENSE DE S'AFFICHER "

tandis qu'un chemin dallé de bonnes évidences flirte sur mes boulevards nerveux ; je l'emprunte : " Il faut toujours suivre l'évidence, Fils ! Pourquoi être méfiant quand la piste est semée de la bonne terre du juste ? "

J'ai envie de crier maintenant, il faudrait hurler maintenant !, et laisser les étoiles se fracasser sur nos rêves, tant qu'elles filent et tant qu'elles peuvent, astres tentateurs des maudits !

Si je n'avais pas été aussi facile, les panneaux auraient été mieux indiqués, les vivants auraient mieux apprécié, les morts n'auraient pas applaudédicacé mais depuis que mon corps chute en petites douilles de chair et de sang, toujours plus bas, encore plus bas, il me semble que je ricoche sur des chemins de traverse… Les péniches à la repêche des âmes s'éloignent : elles m'ont laissé tomber ; le cœur fait de même, anéanti, perturbé, criblé de plombs dans son dernier souffle et les voix, yell !, à la mesure que je perds mon langage, étouffent ma gorge dans une déflagration spectrale : " J* cr*v*, p*t**n ! ", et sur ma pierre tombale, on a écrit à la flamme, alors que les cancrelats passent et y repassent, pour mieux s'y buriner

" D*F*NS* *BS*L** D* S'*FF*CH*R "

C'est bien vrai, ne nous affichons pas ! Surtout pas ! Faut pas ! A trop respecter les bidasses de la forme, chouette à lire, pure et tout, virginale, acquéreuse de la petite misère et de la bonne sympathie, les souliers vernis, fortunée mais crâneuse, la pucelle formelle (vous trouvez pas ?) ; à trop suivre le code de la bonne conduite et de la bonne vie de rêve et du bon homme plein d'humanité et du bon mort qui claque dans ses draps, un sourire bonnement phallique comme au jour du dépucelage ; à trop écouter les trop de prudence, trop de sécurité, trop bien assis dans l'habitacle, trop bien ma nouvelle caisse, mais oui !, mais je l'aime trop !, j'aime trop me sentir protégé, j'aime trop me sentir, j'aime trop, c'est vrai, je suis comme ça, moi, moi, moi, moi, moi !, quand j'aime, moi, encore moi, j'ai peur ! ; à trop de tout ça, des plus-plus-plus fiévreux, toujours plus, toujours mieux, tous les jours, moi : - Alléluia ! J'ai trop peur !

Je me suis donc décidé à flipper et je me suis planté dans mon crâne et j'y ai planqué mon jardin. Les fleurs poussent vite depuis. Elles ont des formes elles aussi : arrondies, expectorées, gorges et trachées. Elles ne suivent plus les flèches, elles excessivent de vitesse, elles hurlent des " Roulez en dehors des clous et ne crevez pas la roue, non, ne crevez pas surtout ! Ce serait trop con ! "
Trop lourdes mes fleurs, j'ai tout brûlé, j'ai changé de trajectoire, en laissant ce mot : JE CHANGE DE VIE ! ALLEZ TOUS VOUS FAIRE FOUTRE ! J'ai pris mes clés et j'ai conduit. Vite, vite, vite, agressif ! La tête la première dans la vitraille, à fond des ballons alcootest, teste les, mais trop, " Mais trop bien ! ", faut les tester quand ils rejoignent l'atmosphère et explosent dans un ricanement triomphateur : - On vous l'avait bien dit ! ; - Ah ça ! Pour me l'avoir dit tout à l'heure, mon crâne a tout compris : ce cerveau se noie dans la ruelle. C'est vrai !, moi, quand j'aime, je me ruisselle de trouille sur le bon code de conduite à tenir ! Ha, mais quelle idée de tenir le cap ! Quelle volonté il faut, hein ?...

... merde, je vous parlais et c'est trop con, j'ai raté la sortie !, j'aurais dû réviser ma route, je n'aurais pas dû picoler, hein ?, je suis largué là, " Vous êtes en état d'infraction, Monsieur. "

- Qui me parle ? Qui est là ? Qui me veut du mal ?


Demain, c'est un piquet qui s'enfonce, c'est un panneau qui défonce l'obscurité, mon présent, mon après : c'est le moteur qui cliquette de rouille, puis la vitre avant, les rétros, le capot, le bonheur et la jauge d'essence qui clignote méchamment : " Je vais exploser, putain ! ", et après, ben, après, disons que c'est ma caboche en agrafes sur un pare-brise, inutile de lutter, inutile de me brusquer, je me désolidarise complètement de l'inertie qui éjecte à ce moment même ma tête contre ce wagon, j'y suis pour rien, j'ai pas vu, il faisait nuit et j'étais manifestement bourré de doutes et de contradictions, " Faut me comprendre, je vous jure Monsieur le Brancardier ! J'ai rien fait ! Juste que ma copine vient de me lâcher, alors j'ai voulu faire pareil avec ma tête... "

- Vous n'auriez pas pu vous faire accompagner ?
- Et après ?
- Eh bien, après, bien, bien après… Enfin, vous verrez plus tard, vous le saurez suffisamment tôt, on vous appellera.

Je mine de rien mais son rien me mine quand il se racle la gorge d'un air amen… Je ne me sens pas vraiment investi, comment dire, je ne sens pas la foi du regard qui me scrute et s'interpose, ça sent l'abandon, la bouche en joli cœur quand le mien est arraché et jeté au bûcher des pâles, des affreuses, des inhumaines.

Je suis seul et les lumières claquettent, des cafards globuleux dévalent à coupe-gorge à l'intérieur de ma tête, de grosses carapaces secrètes, des mines de charbon, des airs de rien au violon. J'étouffe ici. Je vomis. Je chiale. Je maudis. J'en ai assez. Vraiment ! " Marre de tenir le coup !… "

- Vous, Monsieur ! De quoi vous plaignez-vous ? Expliquez-vous, tout de suite !

Bon, puisque vous êtes là, disons que je roulais à bloc sur les trachées de mes envies, vous savez, ces sortes de voies rapides ruisselantes sur les pare-brise de nos voitures quand il pleut, comme une course de gouttes sur une solution vitreuse qui se croisent et me toisent et s'entrelacs dans des pensées tordues. De là, je vois un trente tonnes qui crachote des fourmis de partout, à bloc lui aussi, mais dans une coulée de béton sur la chaussée, si vous voyez ce que je veux dire. J'accélère, je déboîte, je débloque et sur son flanc s'étire une longue pancarte furieuse " DEFENSE DE S'AFFICHER " et c'est là que j'ai alors vu ses yeux vert marron, de très jolis yeux ma foi ! Je m'y attarde, je m'intéresse, je la drague carrément pour être honnête. Les courbes de ses cils me donnaient du coup à répondre, et j'y réponds déjà : appel de phares, clignotants à l'orange, klaxon, " Hey, ma jolie ! Je t'emmène ? C'est fou comme cette fatalité s'offre toute ouverte pour nous affamer, tu trouves pas ? Allez, viens, on s'emmène ! " Pas de réponse immédiate pourtant j'y pense en reprenant ma course, je m'assiette, je m'ascète, je réfléchis dessous les reflets troubles des néons des trachées et merde !, voilà que cette foutue barrière m'écrase en dégradés d'os et de copeaux et que mon crâne se faufile en mille sous les wagons ! Franchement, fallait pas foncer d'amour ou quoi ?

*Clin d'œil*
*Signaux répétés*
*Warning !*
*She's in the mood*
*She loves me*
*Alléluia !*

Elle a glissé de la nitro charmeuse dans mon cœur, comprenez-vous ?, mes sens se sont divinement emballés, la machinerie s'est mise en branle, quoi !, et puis quoi ? Oui, j'ai bu avant ! Oui, j'ai torché ! Et les verres et les vitesses, et les virages et mes saisons !, parce que vous savez, moi, quand la pompe d'amour a le vent en poupe, ça fuse et ça monte vite !, je me désinhibe, je m'affole !, j'ai trois cents chevaux pégase dans les mirettes, on dirait des constellations et elles portent toutes son nom, même la tête à l'envers, oui, Monsieur !, même enfoncée dans un cerceau de métal lourd, on sait toujours le lire ce putain d'amour, non ? Il n'a pas de sens, tout en trois dimensions, tout en profondeur, tout en étoiles perchées sur des radeaux de ciel, filantes comme la main de l'aimé qui signe en bas de page au clair d'une frêle bougie, à la cire de l'âme heureuse, quand elle s'échappe et s'enfuit et pourvu qu'elle s'évade aussi, lorsqu'elle s'étire mais ne rompt pas, l'amoureuse !
...

Et après ? Mais j'ai oublié, moi ! Je l'aime encore, j'y suis toujours, j'ai rien à dire, et je vous emmerde ! Faudrait-il hurler maintenant ?, et laisser ces étoiles se fracasser sur mes rêves, tant qu'elles filent et tant qu'elles peuvent, astres tentateurs des maudits ! J'ai eu ce frisson là une seule fois et merci !, il me quittera plus jamais alors merde !, quand tout s'effondre et que mes organes implosent, j'ai tous les nerfs en pelote, on dirait des tricots de constellation, et ils portent encore tous son nom, c'est pour ça que mon corps gigote en bas pendant que la maréchaussée nettoie ! Moi, quand je suis amoureux, je vibre sur une musique bien faite de faux pas, ni d'être, ni de paraître, ni rien, juste n'importe quoi, vous comprenez mieux maintenant ?
...

Pourtant, si l'assistance acceptait de me ramener là-bas, à cent mètres du no soul's land, ni vu, ni connu, je m'embrouille, je vous jure, je ferai un crochet par elle, et je lui dirai, je sais pas : " Hey, ma belle, tu sais : ce sera toujours possible avec moi... "

" C'est si facile de demander cela, Monsieur. "

Attendez, c'est tout de même pas comme si je vous avais rien dit ?! Allons bon, alors on déglutit, on déguerpit, on prend ses jambes à son cou et pourvu qu'elles filent et tant qu'elles peuvent, astres tentateurs des maudits ? Ah, mais oui !, mais trop !, mais c'est trop vrai : tout fout le camp, bordel !, tout fout un putain de boucan !

" C'est si facile, ça, Monsieur !

Quand des orgues résonne la délicieuse comptine des mariages et des enterrements, qui assiste à la cérémonie, qui résiste au baiser vitreux du mari, qui fait mine de rien longtemps ? C'est que ça vous pend aux tripes, hein ?, " Ah, ça, oui, Monsieur ! ", C'est que ça mors aux dents ces cérémonies ! Et encore, nous (excusez-moi) vous !, ne vous posez jamais comme des libellules sur des nénuphars fongueux, ça fait trop tâche ! On cool, on prie le Seigneur, Please, Lord, save me !, on se noie sous les cadavres, sauve-moi du baiser du mari, que Diable, le mari, mais surtout pas lui ! "

Tout à fait, Monsieur !, et allez, garçon, deux barons, et deux autres encore pour les pucelles à venir, c'est comme ça ce soir, on rigole pas nous, on te fout la jarretière dans la culotte et dis pas que t'aimes pas ça, gros dégueulasse, va ! Je paie pour voir la miss ! Je paie que tu la déculottes !

Deux quintes plus tard, je chope la pinte et j'admire extatiquement mon jeu de mots : " La vache, les mecs, je suis vraiment bourré là, je dis n'importe quoi… " On est toujours en bonne compagnie avec les barons, un à droite, deux derrière, et on fonce !, vite, vite, vite, sans fantaisie, il faut boire : ces darons-là n'aiment pas la pression…

" C'est si facile, ça, Monsieur ! ", qu'il me dit, l'autre !

A faire des jeux de mots pour les pathétiques et les dictionnaires, on devrait peut-être faire des manuels pour lire les Baudelaire, les Shakespeare, les Kafka, les Kertesz et tous les maudits ? Mais rien, rien à dire !, je n'expire rien, jamais rien, du vent !, on me prêterait du talent : y croiriez-vous ? y songez-vous ? y prêtez-vous ?
Au grand jeu de l'affabulateur qui vous narre des histoires avec le cœur, ça mène à quoi, hein ? … A-des-manuels-pour-écrire-bien-soyez-bien-sur-vos-gardes-on-vous-l'aura-bien-dit :

" DEFENSE DE S'AFFICHER "

C'est pourtant pas ma faute, Monsieur de l'Assistance, ça se dérobe le long de ma gorge pour rejaillir sur mes vaines et je suis mes écrits : je vis mes tragédies : c'est vrai, JE CRIE ! Moi, je mens ! Moi, ma vie, elle pue tellement que je l'écris ! Mais trop ! J'adore trop décrire ça : nous sommes carrément puissants et allez, nous sommes foutrement méchants, quoi ! La vindicte populaire aurait beau dire : " Rougissons de ce qu'on réclame ! ", il faudrait chômer, il faudrait manifester, il faudrait hurler maintenant : un rien vaut mieux que deux tu l'auras, au final, un tricot de laine et les maux tu les as, tellement que je me suis pris pour le pieux, le valeureux perché sur sa monture, l'intouchable, l'incorruptible, et je reflète sur les gyrophares de leurs nuits des viscères d'hémoglobine rouge, c'est quand même pas ma faute, c'est pas ma faute !

" C'est si facile, ça, Monsieur ! "

Non, Monsieur, finalement : non ! Je vous en parle de la lune et du Seigneur, moi ? Rouge à la saignée des moutons. Rubiconde à la fierté des bouffons. Et qui a raison ? Qui suit la bonne route ? Ce bon chemin sur la voie lactée. Vous sauriez me dire : vous, toi, peut-être, le menteur ? Puisque l'astre recouvre par dessus les fainéants, laisse-moi reposer en dessous son couchant ; puisque l'astre a faim de ne jamais rien savoir, je me pose et moi et mes frères, nous sommes tous bien patients ; et puisque Dieu le père y dépose sa censure, allez, allez !, mes frères et moi te demandons juste une couverture…

C'est si facile, ça…
C'est trop facile comme ça ?…

" Monsieur, je n'aime pas la couverture littérale que vous réclamez corps et âme. Vous, quand on vous regarde, vous ne voyez que vous ! Et des jaloux tout autour ! Navré, Monsieur, vous êtes recalé à l'examen de la grande pesée des âmes... C'est en bas la sortie. "

dessous
d'un
coup
tout se déglingue,
bon sang, sous mes yeux de
piété,
ça se dérobe de partout : les regards, les gyrophares, l'essieu avant, les plaques de freins, les feux arrière, l'âme en peine, ma carlingue
toute rouillée, même mes
Notre Père,
tout !
jetés au gouffre dans un vacarme de tous les
diables !

- on fait moins le malin,
hein ? on t'avait prévenu
Là-Haut…
bon, allez, on évacue, on dégage : ouvrez bien grand le rideau, s'il vous plaît !
- la vache, qu'est-ce que c'est ?
ma vie ?

c'est trop écœurant vu comme ça
ça fout les boules
c'est le vertige
des feux rouges sur des dentiers
ça grince des mâchoires
tous arrêtés
ils attendent la mine de colère sur les joues, la vaine au coin des tempes, nos visages ils sont les mêmes
mais
aucun
n'a
jamais
été
le
mien
.
.
.

tout se déglingue parce que
le feu rouge
bordel !

A quoi a-t-on ressemblé un jour ?

les plumes cancrèlent sur des éons brûlants de chemin de fer, gangrenées jusqu'aux boulons, nous n'avons plus, ni sexe ni passion, ils se sont envolés sous les coups de burin dans les cimetières quand les os se brisent et ricochent et s'incompréhensent, les orbites couchées à terre, paupières fermées, les yeux mis clos, morts comme au jour de délivrance, la chute aux enfers, ça blesse, ça tue, ça s'entretue : les klaxons embouteillent nos oreilles de spectres cacophonants, ils filent tant qu'ils peuvent, astres tentateurs des maudits et dessous les mazouts des pots d'échappement, nous, ON CRIE !, on se dévaste de portières en portières, " bouge là ta foutue caisse, bon sang ! ", c'est tout un feu rouge et devant nous, les trains passent …

… en nuées cliquetantes … ils caressent les rails … de baisers mécaniques … et d'yeux narquois … " DEFENSE ABSOLUE DE S'AFFICHER " … de gros phares cylindriques … des charbons … des volts … électricité …

tous, lancés à pleine vitesse et vers qui, dites-moi ?, mais sur toi, sur moi, sur nous !, quand les témoins de nos vies clignotent au rouge et que les carcasses se plissent en accordéons de tôle, de chair et de papier, y a plus qu'à se jeter sur le côté et sentir nos tripes se ranger en bataille, les voir s'effondrer, gluantes, puantes, chaudes sous les martèlements des wagons, alors qu'ils défoncent nos mémoires dans un fatras de verres brisés ! et après ?

et après, oui
au fait ?



et après ?


… " Buvons maintenant et à l'heure de notre sacrifice, amen ! "
amen ?
rien à battre !
rien à branler !
c'est tellement vrai
que
tout se dég
lingue
.
.
.

la chute, mon gars, au travers du pare brise : nous attendons
tous au feu rouge, nous sommes impatients, nous sommes méchants, on pourrait dire
c'est la vie
c'est comme ça
mais le poignet droit sur le frein à main
la gauche au volant
les pieds ancrés sur le plancher et la
" Pédale ! "
d'accélérateur qui frémit à côté de l'embrayage, faudrait même pas
déconner ?
ni retenir sa respiration ?
non…

il faudrait hurler maintenant !
laisser les étoiles se fracasser sur nos rêves, tant qu'elles filent et tant qu'elles peuvent !
astres tentateurs des maudits !

pour lâcher de la pression
dégommer les sillons vertigineux
puisque la chute, on en verra
(jamais)
la fin…

autant prendre de la vitesse
accélère
brûle
cède
fonce
creuse
crève

" n'aie crainte, tu ne sentiras même pas le "
c
r
a
s
h
!


………… je coincé feu rouge gueule arrachée membres rouillés âme pisser sang feurouge Ce serait enfin possible de respirer ici Marre de tenir le coup Fermez le rideau maintenant

t**t s* d*gl*ng**, j* cr*v* !

A quoi a-t-on ressemblé un jour ?

C'est comme si tu étirais toute ta vie sur un fil qui se tend et qui se tord, c'est comme si tu roulais dessus et que tu te jouais de l'équilibre, c'est comme si le danger venait toujours derrière, toujours, toujours derrière ton dos, les filets tentaculaires flottants, bien armés, forcément mauvais, ceux de la déraison, ceux du dépit assassin, c'est comme ça et c'est comme si, et à mesure que la route se prolonge sur ton sillon venimeux, c'est comme si tu résonnais de probabilités et que tu cogitais en regardant derrière toi, tu pourrais juste dire : " Merde, j'ai chiotté ! C'était pas la bonne route, putain ! ", et oui !, et comme c'est oui, c'est comme si tu te tenais debout sous un champ de drapeaux et que les étendards de tous les pays du monde ne te rappelaient rien qu'un vide prodigieux : tu n'es plus du monde, tu ne serais plus le monde, tu serais le cadavre ambulant qui feufolle son âme au vent et tu serais mort avec les drapeaux, quand les engoulevents se sont rendus, complètement fous, et qu'ils s'agglutinent aux cimes des arbres dans les cours de ton quartier de solitude. Puis ils piailleraient comme les orgues de l'enfer et comme tu serais foutu, ivre mort, au volant de tes sillons fielleux, tu hurlerais que tout le monde est fou et que les priorités devraient converger vers toi, qu'elles devraient se plier à toi et s'y confondre, et comme tu es con, que tu as la raison pour toi, qu'il faut rouler vite et loin, que tu es prioritaire cependant que la maréchaussée nettoie ton couvre-chef souillant le linceul des ambulances, leurs gyrophares, rouge, blanc, bleu, ils clignoteraient dans ton crâne à la croisée des chemins, stroboscopes à la moribonde, celle que tu fuyais, celle que tu embrassais, celle que tu refusais d'afficher, celle que tu voulais baiser, la pauvre, la muette, la dangereuse, et tout ça, tout ça, rien que ça ?, mais si justement, c'est tout ça justement ! Toute ta pieuse et appliquée détresse à interagir avec toi, à t'excuser tes mieux pour mieux exaucer tes torts puis même, ce serait ton carrefour, celui où tu es mort, parce que c'est bien ça, c'est ton carrefour, c'est ta piste cérébrale et tu es mort, tes mains agrippent tes cheveux mal coupés, mal lavés, mal peignés, et les dents qui mordent le volant, elles mordent du vent. C'est ta pensée quand elle se manifeste, dans toutes ses confondaisons, dans toutes ses confrontations et dans toutes ces contradictions, c'est l'absurdité de n'être pas, ou rien, ou si peu de choses, et prétendre à se montrer " plusse ", moi comme je suis plusse, je veux plusse, toujours plusse et plusse, alors vas-y, Monsieur Plusse, fais en plusse, fonce, dérape, accélère, cours, crie, tue !, qui va t'arrêter ?, les drapeaux ? Mais les drapeaux se dressent et s'affaissent les lendemains de cimetière quand les médailles sont clouées et qu'on enterre les corps, allez, faisons vite : les drapeaux sont l'héraldique des apatrides, ils chassent les veines, ils montrent l'exemple, ils sont le pays, ils sont l'Etat, ils sont la calomnie, ils trichent le nom des morts pour mieux flotter, le poids de leurs péchés les font battre à rebours sur le chronomètre du temps, quand l'aiguille par la main invisible stoppe sa course, et au jeu de l'un deux trois soleils, tu aurais toujours été l'équinoxe, la révolution ? Ce serait fou, c'est trop, tu flippes, t'es trop, au volant de ta sportive cérébrale t'es trop mais comme tu es con et que tu es un ignare, tu t'es fait le mauvais conducteur, la mauvaise mécanique et le monde t'a englouti, il te refuse la priorité à l'épingle de ton carrefour sur les wagons, tu n'as pas vu l'auto-stoppeuse, tu l'as éblouie mais tu l'as ratée, pleins phares tu l'as laissée sur le bas-côté. Et tu as oublié les drapeaux. Les drapeaux sont morts ! Ils ont crevé et tu l'as oubliée, la pauvre, la muette, la dangereuse, celle-là même, la dangereuse !, elle ne parlait pas assez, elle ne t'avait rien confié mais tu te sentais le transis, le chevalier sur tes chevaux de joie et les drapeaux te disaient l'importance, la connivence et ils te disaient tout ça, tout ça, tout ça quoi ? Ils disaient qu'ils étaient morts et que tu l'étais aussi, ils ont dit que tu serais le malheureux, l'emplafonné, le malade à la raison, on chanterait la Marseillaise et tu l'aurais mauvaise parce qu'elle, elle, ta belle, ta douce, ta rebelle, celle-là même, ta rebelle !, sur tous les neurones de ton monde, c'est comme si elle fuyait, c'est comme si les autoroutes étaient sans péages ni passe-droits, c'est comme si le mur n'était jamais pour toi, c'est comme si tu feignais et que les drapeaux s'embrasaient, c'est comme s'ils brûlaient ton corps au feu rouge, c'est comme s'ils mourraient parce que tu sais, toi, tu serais con, tu serais l'ignare, tu serais l'inconscient. On dirait que tu étais une bête sans femelle, on dirait que tu es bête et on aurait griffé des cornes à ton bouc et parce que tu es un bouc, on dirait que tu pues, et comme on joue et que tu pues, on jouerait à s'accumuler, on jouerait à nous agglutiner comme les engoulevents sur les arbres, on hurlerait que tout se déglingue et que tu crèves, on hurlerait que tu " Vaurien, va ! ", et qu'il faudrait que tu gueules aussi avec nous maintenant, et que tu laisses les étoiles se fracasser sur tes rêves, sur tous nos rêves, tant que tu files et tant que tu peux, astre tentateur des maudits, mais oui !, mais on dirait bien qu'on est tous maudits, que les drapeaux sont morts sans toi, qu'ils ne valent plus le coup, que les pays du monde, on s'en fout, que tout le monde s'en fout, que tu es mort et que tu nous manquerais aussi, à en exploser les pages sans écriteaux ni panneaux, et qu'on enverrait chier la lune et les étoiles et tout ce putain d'espace, l'Enfer et le Paradis, nos blasons pour l'ignominie, mini, mini, mini, tout petits ! Il faudrait croire et espérer, il faudrait croire et gueuler, mais le souvenir et la bruyance, et ta mémoire et l'outrance, tout ça, tout ça, au cimetière ! On l'aurait fait en silence et on aurait pleuré, on l'aurait tu comme il et elle et eux t'ont tué ! Blasphèmes ? Tu pourrais nous dire toi ! Mais maintenant que les drapeaux flottent dans nos sermons, ils sont insipides, ils dévorent les vers qui bouffent ta carcasse, ils sont aussi lourds pour ton état que sont indigestes nos maux mais maintenant que tu t'es écroulé, puisque tu t'écroules pare-brise bille en tête, la bile aux mâchoire, prends-la donc avec toi, elle, la dangereuse, la rebelle, celle-là, celle-là qui est faite pour toi, et tu verras quand tu l'entendras, quand tu l'entendras sa voie de mélodie à la vie ! La vie n'est pas, ni rien, ou peu de choses, mais quand tu fais le cumul de toutes les solitudes, personne ne s'égarait jamais chez toi, chez nous tous ! C'est dans ta tête et tu aurais fait le chemin tout seul parce que t'es con, parce que tu es notre ignare, l'absolu, la fabuleux, parce que tu ne voulais ni de nous, ni de toi, ni d'eux, tu ne voulais rien que des drapeaux à l'enterrement alors on les a fait fleurir sur nos prières, et comme on ne se l'attendait, à ne pas la voir, l'amie du bas-côté, on t'aurait aussi fait fondre le sol dessous tes genoux, et si tes genoux ont mal et morflent, c'est qu'on a pas assez prié le Diable qu'il ne t'emporte, pauvre con !

On en a marre de tenir le coup, tu sais. On en a marre de venir fleurir le joug des pleureuses. On en a marre de ta mine creuse. Les drapeaux morts s'effritent, les bannières flottent, ces fanions rouille, sang, vieux, ils t'évacuent de la chaussée, ils t'évacuent et on dirait bien qu'on a cueilli tous les cimetières et tu vois, " C'est malheureux, hein ? ", à fournir les cimetières, on profane de nos sales mains les drapeaux morts de ce putain d'hymne enthousiaste à la vie, parce qu'une fois morts, les drapeaux, comme toi, comme nous, ne soufflent plus rien de bon, ils s'épargnent sur des comptes et la maréchaussée, quand elle nettoie avec cette pure d'application bénie, elle numérote tes actes ainsi que nos soupçons : les drapeaux morts se ramassent à la pelle et la pelle aux mains des morts dessous les dangers de la route des vivants, les contes sont bien trop cruels.
Ils sont les fanions qu'on a dégagé de la rue, et l'ombre s'évapore. Le réverbère dira qu'il était fatigué alors il s'éteindra et le lendemain, rien n'aura plus de sens parce que demain, l'opale ambulance s'est envolée, ne reste plus que le chagrin et toi et nous : quand nous tendons la main, elle n'attrape jamais la pluie, elle n'attrapera plus jamais la pluie…

Nos bras, nos doigts, nos poings levés ne sont que des drapeaux morts sous le dôme de ce ciel puritain tandis que les étoiles se fracassent sur nos rêves, tant qu'elles filent et tant qu'elles peuvent, astres tentateurs des maudits.

Gui

* * *
Cirque d'Embruns


Aux cavaliers tourneurs, les vertiges mongols
Et les flots embrasés par leurs sabots ivrognes
Et l'écume rougit sous les fers qui rayonnent
Leurs cercles bigarrés et ces ruades folles !

Lors des roches jaunies, dans un cirque d'embruns
Petits soleils équestres, ils s'élancent soudain
Et le sable vrombit en spirales farouches
Cinglant nos joues meurtries d'une gifle manouche !

Tisseurs d'arabesques et de sillons opales
Ils jettent sur la grève une crissante toile
Et sabrent nos humeurs de leurs rires voyous ;

Ils rient puisqu'en roulant, happées par les remous
Les vagues auront tôt fait d'effacer leurs sillages
Et le sel et le vent de guérir nos visages.

Gui

* * *

Coucher de Soleil en Fanfare

Les cieux à l'envers, cuivrés comme leurs visages
Glissent sur la crête, en nappes chaloupées
Et des rondes enjôleuses, et des étoiles mordorées
Chut la lune, coi le clocher

Entre ciel et terre
Sous un trait d'argile

A l'envers des cieux, leurs joues gonflées de cuivre
Brass band sur les rivages, la Méditerranée
Et des rondes enjôleuses, et des vagues lascives
Le paysage cabriole

Entre ciel et terre
D'une note habile
D'un agile rayon
Au triple galop
Loin

A l'horizon

Gui

* * *



Article ajouté le 2007-06-21 , consulté 9729 fois

Commentaires


Zoé le 22/06/2007 à 01:24:58
Babylone Bazar Adrenaline:
"C'est vrai !, moi, quand j'aime, je me ruisselle de trouille sur le bon code de conduite à tenir !"...
Si tout de même, c'est comme ça que j'imagine l'effet d'un uppercut...



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