Verba Volant - Jean-Louis Dalès
L'oiseau pour lui inventa la plume. La plume pour lui inventa les mots. Ses mots pour nous inventent la poésie.Double Planches & Plume, l'art au bout des doigts, compagnon de scène, fidèle et généreux, à qui je dois tant de merci depuis tant de temps.
A toi merci...
Romane
Verba Volant
Les paroles s’envolent... Et où s’envolent-elles ?
Au ciel ? Au paradis des mots ? Et l’hirondelle
En faisant le printemps, les reprend-elle* au vol ?
Le pinson, l’étourneau, la pie, le rossignol
Apprennent-ils de nous le passé, le futur ?
Conjuguent-ils aussi nos verbes dans l’azur ?
Ces bâtisseurs de nids dans la cime du hêtre
Composent sûrement un passé du verbe être...
L’antérieur du bouvreuil, c’est la lumière bleue
Que le ciel du futur lui met au fond des yeux.
L’impératif du pic, le subjonctif du merle,
Ce sont leurs gazouillis roulant comme des perles.
Quand, mésanges, moineaux, rouges-gorges, serins,
Fauvettes et perdrix répondent, au matin,
À la bergeronnette, ils chantent l’imparfait,
Leur doux conditionnel, leur gai plus-que-parfait.
Leurs cervelles d’oiseaux ne sont pas si petites
Qu’on le dit et c’est par modestie qu’ils hésitent !
Les paroles s’envolent... Et où s’envolent-elles ?
Colibri, bengali, mouette, à tire d’ailes,
Emportent-ils nos mots sur l’océan des temps ?
Et font-ils accorder, de leur bec hésitant,
Leur chant avec nos phrases, leur vol avec nos vers ?
Oui, l’alouette apprend le passé au pivert !
Les paroles s’envolent... Et où s’envolent-elles ?
Jean-Louis Dalès
* * *
Homenage a Paco
El viejo lagarto conoce
Las canciones del jinete
Y las romances de palomas
Que con sus blancotes plumas
Vuelan sin abanico al mar
Cuando el cielo se va a llorar...
Son para tí esas palabras
Esos poemas, esas coplas
Que nos deja la poesía...
Son para que jamás el día
Sea para tí amargo
Sinó de futuro cargado !
Galopa ! Galopa !
En paz.
Que no venga, rapaz,
La Mora...
Las canciones del jinete
Y las romances de palomas
Que con sus blancotes plumas
Vuelan sin abanico al mar
Cuando el cielo se va a llorar...
Son para tí esas palabras
Esos poemas, esas coplas
Que nos deja la poesía...
Son para que jamás el día
Sea para tí amargo
Sinó de futuro cargado !
Galopa ! Galopa !
En paz.
Que no venga, rapaz,
La Mora...
Jean-Louis Dalès
Hommage à Paco
Il sait le vieux lézard altier,
La complainte du cavalier.
Elle raconte la romance
De la colombe qui commence
Sa blanche course vagabonde
Quand le ciel de pleurs s’inonde.
Tous ces poèmes, ces couplets
Et ces paroles, s’il te plaît,
Acceptes-les. La poésie
Me les a laissés : les voici.
Pour que jamais, au grand jamais
Les jours ne soient pour toi mauvais.
Mais qu’ils soient, sous le ciel d’azur,
Chargés d’un aimable futur !
Galope, galope en paix.
Et que ne vienne jamais
Troubler ton repos, ton âme
Quelque vieux lutin infâme !
Jean-Louis DalèsLa complainte du cavalier.
Elle raconte la romance
De la colombe qui commence
Sa blanche course vagabonde
Quand le ciel de pleurs s’inonde.
Tous ces poèmes, ces couplets
Et ces paroles, s’il te plaît,
Acceptes-les. La poésie
Me les a laissés : les voici.
Pour que jamais, au grand jamais
Les jours ne soient pour toi mauvais.
Mais qu’ils soient, sous le ciel d’azur,
Chargés d’un aimable futur !
Galope, galope en paix.
Et que ne vienne jamais
Troubler ton repos, ton âme
Quelque vieux lutin infâme !
Jean-Louis Dalès
* * *
* * *
VERBES
Ô, t’encabresser,
Ô, te brabiser,
T’adoquenlasser !
Ô, te minbiser,
Ô, t’embralasser,
Et te bilacer !
Et sans m’en lasser
Te berçabiser.
Ô, te caberser,
Te cabraliner,
Ô, te brabercer !
Te cajouminer
Ô, t’amadorir,
Et dormir...
Ô, t’encabresser,
Ô, te brabiser,
T’adoquenlasser !
Ô, te minbiser,
Ô, t’embralasser,
Et te bilacer !
Et sans m’en lasser
Te berçabiser.
Ô, te caberser,
Te cabraliner,
Ô, te brabercer !
Te cajouminer
Ô, t’amadorir,
Et dormir...
Jean-Louis Dalès
* * *
C’était il a vingt ans, un triste jour d’octobre ;
Le fossoyeur coucha, sous un tertre bien sobre,
Le poète-chanteur que l’on appelait Georges.
À sa guitare plus de corde et dans sa gorge,
Plus de corde non plus. La musique s’est tue.
Il est parti chanter pour ceux qui ne sont plus,
Pour ces copains d’abord, qu’il a rejoints là-haut.
Nous, nous sommes restés ici-bas, mais trop tôt,
La Camarde sans cœur, au nôtre a dérobé
La tendresse et le rêve et le rire enrobés,
Sous des cordes pincées, de douce poésie.
Mais, sur la pierre nue, fleurit le myosotis.
Si sa gaie ritournelle réjouit les anges,
Son public, pour toujours, sur terre, chose étrange,
De son tréfonds, au loin, réentend la chanson
Pour l’Auvergnat, le soir, et de Mimi pinson,
Les soupirs étouffés par un air de guitare...
Sur la plage de Sète, est-ce bien le hasard,
Un grand pin parasol hors du sable a poussé.
Auprès de l’arbre vert, le jupon retroussé,
Une poupée entend le chant que l’amoureux
Lui fredonne tout bas, de l’amour plein les yeux.
Est-ce la Bécassine aux cheveux d’or ou bien
Pénélope ravie d’avoir trouvé enfin
L’Ulysse de banlieue qu’elle a tant attendu ?...
Sur la place et son banc, le chat ne viendra plus
Pour émouvoir les gens, téter Brave Margot ;
La fontaine est tarie, où Hélène en sabots,
Venait prendre son bain, à l’abri des regards...
Le grand chêne a perdu ses feuilles. Et sur la mare,
La cane de la Jeanne a égaré ses plumes...
Dans le ciel souffreteux, un orage s’allume :
Mais l’huis de la voisine est fermé pour toujours,
La belle ayant au loin redécouvert l’amour...
Quand les ombres des pins s’allongent au couchant,
Dans le bois de mon cœur, je crois ouïr le chant
De l’amandier qu’un jour, par amour, la gourmande
Fit dépouiller. Je crois voir l’ombre de Fernande,
Le minois de Ninon, les yeux de Marinette,
Se jouant d’un épris, la fourmi de Clairette,
Qui grimpe hardiment dans son cou. Et encor,
La vieille ramassant, pour son vieux, du bois mort...
Et la voix du croquant me dira : « Mon bonhomme,
Quand tu seras sorti du rêve, ces fantômes
Se seront envolés. Je ne l’écoute pas.
J’aperçois Mélanie et j’aperçois Sarah :
Près de son arbre, là, un jeune croque-notes
Leur chante sa chanson, souriant à Charlotte...
Et je rentre au village. Et m’abreuve de vin,
Au bistrot des « Quat’ z’arts », l’estaminet du coin.
La table d’à-côté a des airs de ripaille :
Les deux oncles, Martin et Gaston, y bataillent,
En se remémorant leur temps jadis, dissous,
Les belles du trottoir et la fille à cent sous,
Le mouton de Panurge et les dames d’antan....
C’est une rêve, je sais !... Mais je sais que le temps
Ne fait rien à l’affaire et que dans ma mémoire,
Georges, demeureront tes charmantes histoires.
Le phono est sans voix. Le pornographe est mort.
Et la femme d’Hector a épousé Nestor...
Des lilas à la main, j’ai écouté, ce soir,
Par un discours de fleurs, un message d’espoir :
Au boulevard du temps le sablier s’égrène ;
De la disparition, n’ayons aucune peine,
Car de la renommée les trompettes sont là.
Le poète-chanteur, nous ne l’oublierons pas...
La route des chansons reste ouverte en nos coeurs.
Près de Saturne, si tu croises, par bonheur,
Oncle Archibald, Léon et le pauvre Martin,
Le vieux normand, l’ancêtre et le Modeste, enfin,
Si tu vois, dans le ciel, tes amis esseulés
Et nos amours d’antan, pour nous, embrasse-les !
Je dépose, en ce jour, ma fleur anniversaire
Sur ton corps allongé sous sépulcre de pierre,
La marguerite qui de leur missel a chu.
Je sais aussi que, grâce à toi, n’est pas déchue
La reine poésie, qu’il n’y a rien à jeter
Dans tes vers ; c’est pourquoi, humblement, moi, je t’ai
Dédié, ce soir, les miens. Ils sont sans prétention
Et ne recherchent pas bonne réputation...
Je dis aux braves gens et aux mauvaises herbes,
Par des alexandrins, faisant rimer le verbe :
Malgré les coups de sang, malgré les hécatombes,
Cueillez son testament de vie, près de sa tombe.
La poésie, le vent, les rires dans le ciel
Sont comme ses chansons. Brassens est éternel.
* * *
A Georges
(Vingt ans après...)
C’était il a vingt ans, un triste jour d’octobre ;
Le fossoyeur coucha, sous un tertre bien sobre,
Le poète-chanteur que l’on appelait Georges.
À sa guitare plus de corde et dans sa gorge,
Plus de corde non plus. La musique s’est tue.
Il est parti chanter pour ceux qui ne sont plus,
Pour ces copains d’abord, qu’il a rejoints là-haut.
Nous, nous sommes restés ici-bas, mais trop tôt,
La Camarde sans cœur, au nôtre a dérobé
La tendresse et le rêve et le rire enrobés,
Sous des cordes pincées, de douce poésie.
Mais, sur la pierre nue, fleurit le myosotis.
Si sa gaie ritournelle réjouit les anges,
Son public, pour toujours, sur terre, chose étrange,
De son tréfonds, au loin, réentend la chanson
Pour l’Auvergnat, le soir, et de Mimi pinson,
Les soupirs étouffés par un air de guitare...
Sur la plage de Sète, est-ce bien le hasard,
Un grand pin parasol hors du sable a poussé.
Auprès de l’arbre vert, le jupon retroussé,
Une poupée entend le chant que l’amoureux
Lui fredonne tout bas, de l’amour plein les yeux.
Est-ce la Bécassine aux cheveux d’or ou bien
Pénélope ravie d’avoir trouvé enfin
L’Ulysse de banlieue qu’elle a tant attendu ?...
Sur la place et son banc, le chat ne viendra plus
Pour émouvoir les gens, téter Brave Margot ;
La fontaine est tarie, où Hélène en sabots,
Venait prendre son bain, à l’abri des regards...
Le grand chêne a perdu ses feuilles. Et sur la mare,
La cane de la Jeanne a égaré ses plumes...
Dans le ciel souffreteux, un orage s’allume :
Mais l’huis de la voisine est fermé pour toujours,
La belle ayant au loin redécouvert l’amour...
Quand les ombres des pins s’allongent au couchant,
Dans le bois de mon cœur, je crois ouïr le chant
De l’amandier qu’un jour, par amour, la gourmande
Fit dépouiller. Je crois voir l’ombre de Fernande,
Le minois de Ninon, les yeux de Marinette,
Se jouant d’un épris, la fourmi de Clairette,
Qui grimpe hardiment dans son cou. Et encor,
La vieille ramassant, pour son vieux, du bois mort...
Et la voix du croquant me dira : « Mon bonhomme,
Quand tu seras sorti du rêve, ces fantômes
Se seront envolés. Je ne l’écoute pas.
J’aperçois Mélanie et j’aperçois Sarah :
Près de son arbre, là, un jeune croque-notes
Leur chante sa chanson, souriant à Charlotte...
Et je rentre au village. Et m’abreuve de vin,
Au bistrot des « Quat’ z’arts », l’estaminet du coin.
La table d’à-côté a des airs de ripaille :
Les deux oncles, Martin et Gaston, y bataillent,
En se remémorant leur temps jadis, dissous,
Les belles du trottoir et la fille à cent sous,
Le mouton de Panurge et les dames d’antan....
C’est une rêve, je sais !... Mais je sais que le temps
Ne fait rien à l’affaire et que dans ma mémoire,
Georges, demeureront tes charmantes histoires.
Le phono est sans voix. Le pornographe est mort.
Et la femme d’Hector a épousé Nestor...
Des lilas à la main, j’ai écouté, ce soir,
Par un discours de fleurs, un message d’espoir :
Au boulevard du temps le sablier s’égrène ;
De la disparition, n’ayons aucune peine,
Car de la renommée les trompettes sont là.
Le poète-chanteur, nous ne l’oublierons pas...
La route des chansons reste ouverte en nos coeurs.
Près de Saturne, si tu croises, par bonheur,
Oncle Archibald, Léon et le pauvre Martin,
Le vieux normand, l’ancêtre et le Modeste, enfin,
Si tu vois, dans le ciel, tes amis esseulés
Et nos amours d’antan, pour nous, embrasse-les !
Je dépose, en ce jour, ma fleur anniversaire
Sur ton corps allongé sous sépulcre de pierre,
La marguerite qui de leur missel a chu.
Je sais aussi que, grâce à toi, n’est pas déchue
La reine poésie, qu’il n’y a rien à jeter
Dans tes vers ; c’est pourquoi, humblement, moi, je t’ai
Dédié, ce soir, les miens. Ils sont sans prétention
Et ne recherchent pas bonne réputation...
Je dis aux braves gens et aux mauvaises herbes,
Par des alexandrins, faisant rimer le verbe :
Malgré les coups de sang, malgré les hécatombes,
Cueillez son testament de vie, près de sa tombe.
La poésie, le vent, les rires dans le ciel
Sont comme ses chansons. Brassens est éternel.
* * *

Commentaires
Alfred le 27/06/2007 à 07:51:14Je mesure ici l'honneur
De partager votre coeur...
merci
JL