Hymne à l'amour - François d'Alayrac

Tandis que ses doigts égrennent le plaisir, ses mots délivrent le chant des sens. Quelque part une terre l'attend, chaude, douce, frémissante, une terre fendue l'accueille  ; féminin.
Hymne à la Femme.
A toi François.
Romane



Androgynat

Je t’aime à m’en noyer sous les cheveux de la mer qui remontent de ta nuque au goût d’épi déployé.
Sur la corde raide de mon désir de ne plus sentir que ton murmure exquis jusqu’au jour étendu dans les ombres chaudes des paroles bien aimées.
Ne m’importe plus que cet arc en ciel de nuages et de pluies qui m’ouvre à Toi entre tes doigts au cadran de tes jambes solaires.
Ta seule envie tourne autour de l’aiguille de mon ventre pour ton ventre, à en crucifier l’orage qui te détrempe
Désir, désir de Toi, désir de moi,
Désir au delà de nous, au delà du désir qui n’existe que pour lui dans un noyau de nuit qu’il génère.
Jusqu’à l’hallucination d’habiter la fusion vertigineuse de l’en devenir l’Autre.
Silence!
On caresse...
A chair levée mûrie de se retrouver dans la sueur absorbée à en oser, dépassé le bord du possible, toutes les métamorphoses ,
A déverser la volupté sous nos peaux curieuses de néant et avides d’incroyables à n’en plus jamais revenir,
Lorsque sur nos corps nu corail de peau, nos mains oniriques feuillettent l’éphéméride de nos cicatrices qui n’en sont jamais déchirure,
Comme une louve sous l’étreinte de son loup, tu te cambres à la Lune ivre d’haleine.
Mystérieuse et subtile catharsis du plaisir qui toujours davantage nous dépouille l’un à l’autre dans nos yeux à l’arrêt.
Tu me prends en Toi comme un œuf à couver à nouveau.
Et Toi et moi, pénétrés l’un de l’autre jusqu’au bout de la fascination, jusqu’au bout d’un espace vidé de l’inutile,
Attendre, attendre l’Autre en sa jouissance qui nous retourne le ventre et nous mord le cœur.
Tu es là, tu es là, dans ton cantique d’appel et de plaisir à me hâter au fond de ton parfum versé à pleines cuisses sous mes frissons.
Mon regard bascule au dessus de la fleur de tes seins. Nous débordons ensemble de deux cris jetés au hasard de l’obscure brillance de l’air.
Nous avons joui,
A tout nous donner de nous jusqu’à en disparaître, à en faire crépiter dix mille soleils à l’impénétrable de nos entrailles, à nous rejoindre là où nous n’allons jamais.
Alors,
Nous,
Toute jouissance bue, d’une nuit folle à blanc à force d’images formées à l’abandon dans un Ciel invariable,
Dans une insomnie qui immole toute parole, à attendre l’aurore qui n’en finit pas de venir dans ses draps poissés de chair subtile qui s’affine encore sous les caresses qui perdurent jusqu’à la transparence, jusqu’à l’illumination.
C’est l’heure où s’inversent la nuit et le jour, au chien et loup du matin des amants heureux d’épuisement.
Où est la femme, où est l’homme, où est le mâle, où est est la femelle, où est le noir, où est le blanc, où est le feu, où est la glace dans ce chaos du soir d’avant le premier matin?
C’est Toi qui maintenant pénètre en moi par touchers limpides de tes doigts limpides papiers de soie.
Je ne suis plus revêtu, à en être nu, que de ton ombre dans une chaleur de nuit mouillée où je psalmodie à l’ardent de ta fleur.
Et c’est encore Toi qui ouvres maintenant le pistil pour y dénouer le fruit qui ensemencera les cinq couleurs des saisons.
C’est un chant qui glisse de frissons, dans l’alliance de nos souffles renversés qui se mélangent dans notre immobilité,
Et de crainte légère aussi de ne plus s’y retrouver de désir inverti.
Car par Toi, femme, moi, homme, je deviens femme dans mon ventre évidé.
Car par moi, homme, Toi, femme, tu deviens homme par ton ventre crevant ma cécité.
Et joie nous est faite comme un bûcher sur lequel nous nous brûlons l’un à l’autre pour mieux renaître de nos cendres.
Le jour levé, quand l’aube aura fini l’étirer du bleu d’un jour à vif qui s’épanche.


François d'Alayrac

* * *

Et voici

Depuis trop longtemps,
Sur la vitre hostile qui noyait mon visage arraché au jour dans la brume sur les berges hésitantes du vent d’un hiver déraciné,
Le gel aux lèvres et me croyant déjà au bout du temps imparti, à en avoir perdu tout espace d’espoir,
Je tenais mes yeux à l’arrêt.
Et voici qu’est venue dans son sommeil l’ange - femme lumineux presque transparent, dans une presque totale nudité,
Femme - animal
De vieille félinité et fermeté dans ses débordements, à s’enlacer de sa propre chair incendiée de l’attente,
A céder son corps à l’extrême qui la calcine du vide infini qu’elle ressent jusqu’au bout des entrailles de la nuit.
Sous mes yeux qui en prennent la mesure,
Corps langage en monologue, dans un miroir à l’unique reflet de peau blanche ourlée de blondeur,
Sous la clarté des épaules, les seins d’aubépine énervée à mûrir sous la pointe des ongles qui glissent sans griffer,
Dans la retenue de l’impatience chuchoteuse de chapelets d’images habités par mes mots érections qui la mordent au cou et à la nuque
Quand, au dessous de ma folie blanche à l’aimer, elle s’accroche aux draps pour ne pas s’envoler trop vite pour s’envoler plus haut,
Sa descente par la boucle bouclée du nombril au plus souple du ventre,
Vers les clapotis de clarté de ses cuisses ciseaux en sueur, deux mains de fines lames précises dans leur agilité à se trouver et où flambe déjà l’espoir de ses désirs,
A peigner en spirales ses passions au feuillu du pubis.
Enfin sous sa paume au goût d’épi de grands blés mûrs levés de chair , dans les dentelles humides,
Le Ciel, ouvert,
Dans l’ombre de ses jambes qui vibrent de sa seule volonté comme une urgence de jouir.
Quand elle ruisselle ainsi le gémir d’hirondelles de s’effriter à sa source,
Combien de temps lui faudra - t - il encore pour s’égarer dans les détours nacrés de sa coquille où elle éprouve le soleil,
Inlassablement, dans son écume dont elle s’inonde au quadrille de ses phalanges efficaces?
Souffle qui s’emballe jusqu’à la rencontre de l’éclair dans un cri qui se délie et la flamme,
Genoux incommensurables d’abimes qui se referment, hanches qui s’inversent, bassin qui se soulève sous d’immenses syllabes de soupirs contenus entre les dents.
La vague dont j’ai été l’épicentre dans mon absence vient d’avoir raison d’elle.
Et dans une dernière convulsion, elle bascule en elle même, le corps retombé dans son repos en attendant de descendre vers l’homme qu’elle remplira de sa substance.
Elle se rendort, un doigt dans la bouche comme un dernier plaisir d’enfance.
Un rayon de soleil s’allonge sur la chaise.
Je ne peux pas me désolidariser de la beauté fulgurante qui m’a rompu à en renaître.
Quand je me penche sur elle,
Mon baiser dans ses lèvres est une chrysalide.
Je n’ai plus qu’à me glisser entre sa chair et sa peau , qu’à m’étendre au chaud de l’amour occupé d’étoiles,
Et frémir à mon tour sous mes paupières de ses doigts qui me trouvent au hasard de son rêve.

François d'Alayrac

* * *

Sonate d'attente


Elle l’attend, mouillée dans son envie de lui
Aux quatre veines de pleine haleine,
A demi vêtue, tressant déjà sous sa jupe
Les vents ouverts qui lui roulent des galets.

Elle rêve,

A cet homme infiniment doux et tendre,
Jusqu’à la féminité dans sa virilité,
Quand il la prend sans la blesser,
A la force sans violence de son sang,

A l’étrange labyrinthe qu’est son corps
Où elle s’invente un septième ciel,
A ses épaules où elle le griffe,
A la frisure sous les aisselles où elle le mord.

Elle ne respire jamais mieux
Que dans la chaleur moite de son aine,
Que dans le boisé sucré salé de ses sueurs,
Que sous son regard perdu quand il ne la voit plus.

Elle rêve et elle se rappelle,

Résonnante de ses caresses qui la froissent
Dans ses dentelles qui en frissonnent
Sous le délié de ses doigts qui s’égarent,
De ses lèvres souples qui la parcourent.

Le soyeux urticant de son membre
Quand elle se fait des dents d’agneau,
Pour boire sur sa poitrine inondée
Les coulures de sa semence amère et douce.

Elle rêve et elle l’appelle,

Quand donc sa peau contre ses seins,
Comme un appel au feu qui la soulève
Pour qu’elle le baise fortissimo,
Entre ses fesses mises au mouillage?

Dans l’urgence qui se lève et la ravage
Le sentir la déclore sans hâte
Quand il coulisse son sexe dur,
Tige riche de promesses de floraisons,

L’y faire gicler pour solde de jouissance
Un jus d’amour qui la brûlera de déchirure,
Dans ce premier orgasme d’après midi,
Bouquet final du ressac de ses reins.

François d'Alayrac

* * *

Aimer un corps

Ne voilà - t - il pas ici le plus beau des poèmes charnels, à lire comme un aveugle, tactilement :
Aimer un corps, le corps de la femme, le corps de l’homme, l’un et l’autre ayant un corps parfait.
Et cela interdit tout autre commentaire.
En effet,
Il n’en est ni de laid ni de beau.
Il n’en est que de simplement parfaits dans leurs architecture de précision sans défaut, du tronc, des membres, du cou, des os, des muscles, des tendons, des fascias, des nerfs, des veines et des artères, de la peau, des phanères, des liquides, des systèmes organiques, cérébraux, sensoriels et sexuels. Tout cela fonctionnant ensemble et à merveille.
Il n’est que de corps sans faute,
N’est - ce pas la perfection même que le bras qui prend le bras, les jambes qui avancent du même pas, la bouche sur la bouche, le phallus au coeur de la vulve,
N’est - ce pas la perfection même que deux corps qui se jouent l’un de l’autre dans des accords sans fausse note,
A tisser ensemble les mêmes chants litanies de frissons d’eau que le vent sans cesse dénoue dans des jeux de mains étrangères et qui pourtant frémissent?
Et il n’y a pas d’autre joie véritable que celles du corps.
Le corps de la femme qui s’inonde sous son doigt,
Le corps de l’homme qui se touche,
Le corps de l’homme uni à celui de la femme,
Le corps de l’homme assemblé à celui de l’homme,
Le corps de la femme amalgamé à celui de la femme.
Et il n’y a pas de honte à tout cela.
Toute nudité est une nudité habitée par les dieux.
Il n’y a jamais de honte à la nudité et dans son expression la plus parfaite.
A poser un bras autour du cou,
La bouche sur le ventre,
La main sur un sein,
Le baiser sur le pied,
Le sexe pénétrant dans le sexe pénétré,
La semence déposée au gré du seul plaisir.
Il n’y a pas de honte
A aimer un corps, à la seconde éternité jusqu’à en boire, aux creux des mains, ses larmes, ses sueurs, ses jus intimes,
Il n’y a pas de honte dans les plaisirs du corps.
Et toute honte en serait la trahison. Et n’en faire qu’un moyen de procréation une obscénité. Une injure à la Création.
Le corps de l’homme, le corps de la femme,
Le corps de l’élu(e) bien aimé(e), toutes voiles dehors, prêt à faire jaillir comme une fontaine ses sèves pour une aventure sans fin ni commencement,
Ne peut être que sacré dans ses élans, dans ses appétits, dans ses soifs, dans ses envies, dans ses désirs, dans ses orgasmes, dans sa misère, dans sa douleur et dans les ourlets de son naufrage aussi.
Il est sacré lors du baiser inépuisable sur la bouche ou sur la poitrine, dans l’interminable caresse de la hanche à la cuisse, dans l’ouverture de l’un aux filaments de folie de l’autre, dans l’écho des souffles qui s’endorment apaisés, dans les yeux retrouvés du matin,
Dans son cœur qui, tel un jour de moissons gonflé de fruits, sait rassembler et ensuite partager pour que le plaisir soit chant de liberté et la Vie amoureuse d’elle - même,
Dans les phalanges fripées des vieux amants qui se nouent encore, dans la main qui se tend dans son appel, dans ses rides parlantes qui le recouvrent comme autant de traces d’une Vie particulière de joies et de fatalité.
Le corps est l’histoire de l’homme et de la femme.
Aimer un corps est chose sacrée.
Un corps est un temple vivant.
Et si divin il y a, il ne peut être que là.

François d'Alayrac




Article ajouté le 2007-06-29 , consulté 251 fois

Commentaires


françois d'alayrac le 30/06/2007 à 16:18:38
Merci Ro de m'avoir inviter chez toi.

François

Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " Mes amis auteurs "

Retour aux articles


Recommander ce blog | Contacter l'auteur | Reporter un abus | S'abonner au blog Flux RSS du blog | Espace de gestion

Créer un blog gratuit avec Blog4ever