Sind, best badboy !

Ce fut  une rencontre joyeuse, entre froufrous et mots d'humour. Il est tonique, créatif, bourré... d'énergie,  il est prompt à la réponse, son oeil est perçant,  sa plume alerte,  son esprit coquin, ses personnages grandioses. Il est loyal,  généreux,  point sot, et présent un peu partout sur le Net.
Je vous parlerai de son livre : "L'évangile selon Jacques Lucas".  Il vaut le détour...
Sind ? Nom  d'un  p'tit  bonhomme ! C'en est un  grand !
Romane

* * *

Arghlllll
 
Colonel Wolf à planète Terre :
 
Le vaisseau s’est posé sans encombre sur Mars. Commencerai les travaux aux premières heures du jour.
 
Colonel Wolf à planète Terre :
 
A mon réveil, elles étaient là. Une bonne dizaine de silhouettes rouges, de forme humanoïde, qui se sont déployées pendant la nuit. Je reporte ma première sortie.
 
Colonel Wolf à planète Terre :
 
J’ai peur. Ces créatures sont là maintenant depuis deux jours, mais elles sont des milliers désormais. Elles restent là, immobiles, encerclant le vaisseau à bonne distance. Si je ne discerne pas leur visage, je sais leur regard fixe. Vague rouge sur cette planète rouge, elles sont une multitude identique dans leur étrange uniforme. J’ai peur et pourtant, jusqu’à aujourd’hui, aucune n’a montré le moindre signe d’agressivité. Au contraire, elles semblent toutes porter une besace qui pourrait s’avérer autant d’offrandes. Je diffère encore la confrontation.
 
Colonel Wolf à planète Terre :
 
Ce matin, je suis enfin sorti. Je me suis avancé vers la créature la plus proche et me suis présenté :  
— Colonel Wolf, émissaire de la planète Terre, je lui ai lâché presque sans bafouiller. Je suis venu vous délivrer un message de paix.
Avec sur les lèvres un sourire angélique, la frêle et délicieuse créature a relevé sa capuche cerise dévoilant une longue chevelure ondulée.
— Nous sommes ravies de vous accueillir parmi nous, Monsieur Wolf. Nous étions tellement impatientes de vous rencontrer.
Derrière elle, des milliers de têtes bouclées ont branlé du chef pour appuyer son propos.
— Ah ? ai-je courtoisement apprécié cette belle unanimité. Mais permettez-moi de vous faire part de mon étonnement. Que puis-je donc pour vous ?
C’est alors que mon interlocutrice m’a brandi son panier sous le nez :
— Eh bien voilà monsieur Wolf, s’est élevé le chœur de ces milliers de petites filles dans l’atmosphère de Mars. Figurez-vous que je vais voir Mère-grand pour lui porter cette galette et ce petit pot de beurre, et…
 
Colonel Wolf à planète Terre :
 
Il y a des jours où j’en viendrais à détester les enfants.
 
 * * *
 
Grand écart.
 
Mission Carabas le 11.03.2032.
 
Nous en sommes désormais au soixante-huitième jour sans liaison avec la terre.
 
Depuis hier matin et notre amarrissage, les hommes de l’équipage et moi-même avons enfin acquis la certitude d’une existence extraterrestre sur Mars, et cela bien qu’aucun contact visuel n’ait encore été établi avec un indigène.  
 
C’est lors de la première sortie du colonel Skip en dehors du vaisseau, que cette évidence nous est apparue.
En effet, le colonel est mort aujourd’hui.  
 
C’est en descendant de l’échelle à 13 heures 15 G.M.T., que le colonel a posé le pied sur une mine de fabrication martienne… A croire qu’il venait de chausser des bottes de sept lieues.  
Son corps, ou du moins ce qu’il en reste, a été immédiatement remonté à bord.
 
C’est d’ailleurs en partie là que le bât blesse. A notre retour, s’il y en a jamais un, devrons-nous réellement délivrer le message choisi de son vivant par le colonel ?
 
« Un petit pas pour l’homme, mais un bond de géant pour l’humanité »  
 
A chaque relecture de cette phrase, le lieutenant Gloomy est terrassé par d’irrépressibles crises de fou rire.
 
En attendant une décision à ce sujet, la recherche des membres inférieurs du colonel continue.
 
* * *
 
PLOUF ! ! !
 
Il y aurait eu de l’eau sur Mars qu’ils disaient nos scientifiques. Après analyses des échantillons prélevés lors des dernières expéditions martiennes, plus aucun doute n’était possible : il y aurait eu de l’eau sur Mars. La belle trouvaille…
 
Premier homme à poser le pied sur le sol de Mars, je me marre.  
Des robots, en veux-tu en voilà, auraient soi-disant quadrillé la surface de cette satanée planète, ramassé des cailloux petits et gros, pesé l’atmosphère et que sais-je encore, pour en arriver à cette conclusion ? Il y a eu de l’eau sur Mars !  
 
Assis dans la poussière rouge, je me ruine la rétine avec délice sur notre soleil se couchant à l’horizon.  
Melville aurait adoré naviguer dans les étoiles. Du « Péquod » à « Voyager XXX » et de Nantucket au sol de Mars, je ne pensais pas que le chemin était si court.  
Le soleil bientôt va disparaître, mais avant que la nuit ne tombe sur mon bout de planète, je me marre une dernière fois.
 Je me marre en regardant l’épave bancale d’un antique baleinier échoué sur le sol de Mars. La structure éventrée d’un vieux bateau à voile avec, encore accroché à son flanc, les restes d’une de ses captures : le gigantesque squelette d’un cétacé, un harpon encore coincé entre ses os blanchis au soleil.
 
Ainsi donc, il y aurait eu de l’eau sur Mars…
 
 * * *
 
AMNESIE
 
Un long trou  noir, ma mémoire est ainsi faite… Une béance. Un abîme. Et je me découvre sur ce sol inconnu sans connaître ni comprendre la raison de ma présence ici.
Pour seules certitudes, je n’ai que ma vie et ma nudité. Et tout ce sang autour et sur  moi. Tout ce sang dans lequel je baigne.  
Le silence aussi. Le silence et cette créature sous laquelle je me suis éveillée.
Lorsque j’ai ouvert un œil, une partie de mon corps était emprisonné sous son flanc avachi, sous ses chairs molles et inertes. Nos deux existences mêlées dans le sang. Le sien… Peut-être le mien.
Je n’ai mal nulle part. Aucune souffrance, mais une fatigue intérieure qui doit ressembler à la mort. Une sensation de vide intolérable. Mon lien à l’existence probablement.
J’ai poussé sur son corps sans vie pour dégager le mien comme ancrer dans sa masse. J’ai bataillé pendant des heures avec son corps de mollusque pour en extraire mes membres inférieurs. Mais en pure perte.  
Alors pour survivre, il a fallu que je taille dans ses chairs flasques. Que je crève ce qui devait être son abdomen jusqu’à ce que ses viscères se déversent sur le sol et sur moi. Et sans en comprendre le pourquoi, je me suis mis à pleurer.  
Longtemps après m’en être dégagé, je suis resté près d’elle, prostré, à contempler la mort. Puis je me suis lové contre sa peau flasque pour profiter du peu de chaleur qui s’en dégageait encore
La première image que je conserverais de ce lieu serait donc celle-ci. Celle d’un organisme que j’avais détruit pour survivre.
Ce sont les bruits de pas dans la poussière de Mars qui m’ont réveillé.  
Ils étaient debout à quelques mètres et je sentais leurs yeux qui me détaillaient avec curiosité. Leurs regards qui allaient du corps de la créature éviscérée au mien, encore vert de son sang et recroquevillé contre elle dans une position fœtale.
Quand j’ai aperçu les bâtons se lever dans leurs mains, j’ai su que tout ceci avait été vain. Vain, mais plus encore injuste. Et seul l’instinct de survie d’une espèce en voix d’extinction, a pu me pousser à dresser mes tentacules dans leur direction.
… Jamais je ne me serais imaginé que la mort puisse être un tel éblouissement.

Sind


Article ajouté le 2007-09-18 , consulté 216 fois

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