De moi à vous, l'instant.

De moi à vous... l'instant.

Tout ce qui passe par la tête, les double-fonds, quoi ! Les coups de gueule, les coups de coeur, les coups AU coeur, les blessures, les espérances fragiles, les rêves inachevés, ceux qui vivent encore, ceux qu'on voudrait rêver mais qu'on ne sait plus comment faire pour les rêver, enfin tout ça, si je comprends bien.
Faudrait y passer une nuit, une vie, on pense toujours, on ne cesse pas de penser et tout ce qui traverse l'esprit, c'est bordélique, doux et douloureux à la fois...
Dans l'instant, je pense que la vie est dégueulasse, qu'elle te file sous les yeux le caviar de l'amour mais qu'elle te lie les poignets derrière le dos pour être sûre que tu ne pourras pas t'en servir, le faire exploser dans ton petit coeur qui n'en peut plus de tant de manque, qui n'en peut plus des chemins qui se croisent sans se confondre...
Dans l'instant, je pense qu'à force d'aimer, d'aimer vraiment je veux dire, d'aimer comme ça, gratuitement, d'aimer les autres pour ce qu'ils sont, sans rien changer de ce qu'ils sont, avec leurs failles et leur force, ça fait très mal, une vraie douleur physique, un tremblement permanent de l'être, de l'âme, une nécessité, l'essentiel.
Dans l'instant présent, je saigne tout cela, et rien que cela.
Non. Pas rien que cela.
Je saigne que l'on me dise depuis quelques semaines, sans que je comprenne pourquoi ces gens qui me le disent n'ont aucun lien entre eux, mais me disent la même chose, ce truc qui te fait t'écrouler tellement que tu as la sensation que c'est lourd, plus lourd que tout le reste : "tu es un être exceptionnel"... Je ne me remettrai jamais d'un truc pareil. Je suis quoi pour qu'on me dise ça... petite, si petite, si fragile, si insignifiante, si impuissante, si torturée... si rien. Un petit bout de rien qui ne trouve sa place nulle part. Amoureuse de la vie, amoureuse de l'Amour, amoureuse de l'Amitié, mais sans cesse à remplir, à remplir, à faire déborder pour être sûre d'être remplie de cela. Et l'instant meurt vers demain, celui qui vient me trouve à nouveau vide, vide à ne plus en pouvoir...
Tu voulais quoi ? Que je te dise tout le monde il est beau, la vie est belle ?
Non. Elle est terrifiante, la vie. Elle est incompréhensible.
Regarde tous ces civilisés (nous) qui avons massacré des peuples entiers, au nom de la civilisation, au nom de il faut. Il faut quoi ? Mais Quoi ?
Qu'on me le dise...
Je n'irai jamais jusqu'au bout. Rien ne finit jamais et tout meurt à la fois. C'est sans fin, sans fond, et en boucle, comme le truc que tu as vécu, trop fugace, trop inachevé, qui te laisse sur ta faim et que tu repasses en boucle inlassablement, et que tu tentes d'enjoliver mais c'est impossible, enjoliver dans la tête et rien que dans la tête, ne donne rien à la réalité.
Je pense que c'est dégueulasse qu'un homme te dise je t'aime et puis qu'il se mette soudain à vouloir te changer, d'abord à petites touches et puis comme il n'y parvient pas parce que je suis ce que je suis et que ce serait me renier, me suicider que d'accepter d'être une autre, il se met à employer les grands moyens, à poser tranquillement sa main, sa grande main d'homme sur le sommet de ton crâne, et comme dans un savant ralenti de théâtre, de ceux que j'aime utiliser pour former une image qui va vriller le coeur du public tant elle est belle, glissante, merveilleuse comme un tango rouge sur un fond noir, aussi lentement que ça, il appuie, inexorablement, pour te l'enfoncer sous l'eau, là où tu sais bien que tes narines ne pourront plus boire d'air, de cet air qui fait chanter ton âme...
Je pense que d'autres y sont allés seuls, sous l'eau, parce que la vie était devenue insupportable. Alors je m'envole au fond de l'océan, par la pensée, et c'est dur de t'imaginer, mon amie perdue à jamais...
Quand j'entends gronder l'océan, la nuit, lorsque la ville dort, c'est à elle que je pense. C'est elle que je vois marcher droit devant, elle... elle qui fut noyée sous la main de cet homme...
Je résiste. Je n'irai pas sous l'océan. Je me briserai les cervicales s'il le faut, sous cette autre main masculine, mais je te jure que je resterai moi.
On appelle ça l'amour... T'en penses quoi, toi ? Aimes tu ? Si tu aimes, fais le vraiment, pas comme cela, pas si pitoyablement, pas si impitoyablement.
Je pense que je ne sais plus si je crois en quelque chose, sinon en cet aspect misérable de ce que sont les humains. Nous portons le poids de nos détresses, le poids de nos erreurs, le poids de notre incapacité à regarder les choses en face sans les transformer, le poids de nos masques. Je hais les masques. Ils traduisent la peur d'être, la peur de montrer ce que l'on est.
C'est sans doute pourquoi j'aime autant le théâtre, la raison pour laquelle j'y écris et y mets en scène mes rêves, mes vérités...
Arriver là, à la pliure de ma vie, avec la conscience aiguë et douloureuse de tout cela, je ne sais pas quoi en penser. On me traite de cérébrale, de rêveuse, on me dit même parfois, quand je donne l'humour à revendre et la répartie facile : est-ce que tu joues ? Non, que diable, je ne joue pas. Je ne joue pas. Je vis le plus possible et si peu... et si mal...

Romane


Article ajouté le 2007-09-24 , consulté 1049 fois

Commentaires


Romane
site/blog
le 10/11/2008 à 21:58:27
C'est normal, il fallait que je valide ton inscription, c'est fait. Je me suis d'ailleurs aperçue que j'avais plein d'autres validations à effectuer, honte à moi. Ceci dit, ce n'est qu'un forum de secours, en cas de bug de notre vrai lieu de dialogues, dont je te mets ci-dessus le lien, si tu veux te joindre à nous. (Il faut le copier coller, ça ne fonctionne pas si on clique, je ne sais pas pourquoi, faudra que je jette un oeil. Ou tu cliques sur "Forums de Liens Utiles" recherche Google, et tu choisis le premier de la liste.
Gros bisous ma belle !
ysandre d'aqui...
le 10/11/2008 à 21:55:07
bonsoir ma Romane-douce. J'ai essayé de rentrer dans le forum des conversations, trois fois j'ai rempli les cases, trois fois on m'a dit que j'étais inscrite et trois fois on m'a dit "on ne connais pas ce pseudo" ! HOUUUUUUUUUUUUUUUUU ! que je suis malheureuse, à la porte des humains, tremblante comme l'alien que je suis, la patte sur l'huis qui ne veut pas s'ouvrir, mes oreilles pointues sont plaquée sur mon crâne et mes yeux de lémurien pleins de larmes.... qui voudra de moi, l'E.T. l'étrangère -étrange, l'amputée d'une moitié d'âme ? Qui ?
Romane
le 20/03/2008 à 20:24:58
Jok, ton commentaire me touche autant qu'il m'encourage !
D'ailleurs tu m'as inspiré le billet d'humeur du jour, "Je ne me tairai plus"


Bisous !
Ro
JoK
le 20/03/2008 à 18:49:24
Bises.

J'ai lu, et j'ai vu...
Ne tait pas ton Äme...
Ne te tais surtout plus...
Romane Femme.
Romane
site/blog
le 20/12/2007 à 17:58:09
Ton texte, Marie, prend aux tripes et m'émeut infiniment. Belle jeune fille, tu grandis bien, et dans ta tête, je vois plein de jolies choses, et d'autres, tellement sensibles...
Un gros bec, ma belle.
Miette
le 20/12/2007 à 10:31:37
Juste un petit texte qui m'est passé par la tête et que je voulais te faire partager!

Gros bisous ma Ro je t'adore!
Miette
le 20/12/2007 à 10:29:34
Ca commence par un doute, une petite conversation à peine remarquée entre lui et elle!
Puis d'autres doutes encore, et encore ....
Des petits indices qui font encore grandir ce doute!
On positive les choses en se disant que "ça n'arrive qu'aux autres, c'est pas possible on a jamais vu ça chez nous"!
Alors on ferme les yeux!
Et toujours ces petits "truc" différents, pas comme d'habitude qui vous reouvrent les yeux et vous met fasse à l'évidence!
On se dit donc que le pire reste à venir! On a pourtant pas besoin de ça!
On se sent seul fasse à ça et on pense encore et encore à "comment épargner les gens qu'on aime de ce malheur"!
De toute façon on y échapera pas! Le fait est bien là!
On les regardes si heureux et on se dit "profitez, si vous saviez"!
Un jour tout cela sera dévoilé et on se demande qui en sortira indemne ou meurtrie de cette histoire!
Ils ne savent pas que je sais, que je sais tout ça et que je sais aussi qu'une personne gentille et trop naïve n'en sortira pas sans blessures!
moi
le 01/11/2007 à 19:57:35
Caresse de mes doigts sur le haut de ton crâne...
Caresse de ma main sous ton pied douloureux...
Caresse de ma main du front à l'olécrane
pour un instant heureux...

bisous

filo
site/blog
le 28/10/2007 à 13:36:41
J'avais failli passer à côté de ça.
En cours de lecture, je me suis dit "faut qu'on parle"... mais tout est dit... tout est clair.
Si tu savais combien je te comprends.

En plus c'est bien écrit : le geste de la main sur la tête est d'anthologie littérairement.
yugcib
le 15/10/2007 à 22:43:54
Il y a, là, dans ce texte, dans tout ce que tu dis (j'arrive même à "entendre" ta voix...) quelque chose de poignant, de vrai, d'émouvant...
Aimer "parce que" n'est pas vraiment aimer : c'est de "l'ennemour" (l'ennemour c'est ce qui ressemble à s'y méprendre à l'amour)... Et il y a, dans le monde, depuis toujours, un "ennemour fou"!
Tes "vrai(e)s ami(e)s sont ceux et celles qui t'aiment telle que tu es, qui savent "de quel bois tu es faite", de quelle résine tu saignes, de quelle sève vit le bois que tu es, de quels "petits insectes" ce bois est habité en sa chair...
Un homme(pour une femme) ou une femme (pour un homme)qui veut que l'être aimé "adhère", "se fonde", devienne "sa" ou "son"... Et cela pour la vie, ou pour "la bonne cause", ou "parce que c'est bien ou mieux"... N'est jamais à mon sens, un homme pour cette femme ou une femme pour cet homme...
La vie est faite de malentendus, d'illusions, de tromperies, de ruses, de rapport de force, et de toutes sortes de "lézards relationnels"... Et d'"à prioris" à n'en plus finir...
Tu mets en scène tes rêves,tes vérités, tout ce que tu ressens...
Et quand on "écrit", je crois aussi que c'est ainsi qu'il faut écrire, bien que l'on puisse écrire autrement comme on fait du théâtre autrement...
Avec toute mon affection,
bises,
Guy.
Romane
le 25/09/2007 à 19:24:13
Je me nourris de ce que Vous m'apportez en retour, et c'est tout bonnement énorme !
Mon amitié, Clarissa.
Bisous
Clarisssa
le 25/09/2007 à 19:20:11
Romane tu te nourris d’amour, l’effet miroir que tu renvoies est valorisant, apaisant, donne toi un peu de cette compassion que
tu nous offre.
Prends soin de toi, je t’embrasse Clarissa

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