Il y a toi
Il y a toi
Tu es là je te parle et les mots s’échappent on dirait des écharpes un manteau on dirait que l’hiver s’abat comme ça tout d’un bloc des mots plombés de leur poids de folie tu sais comme un langage pressé un langage de condamné là devant le mur des exécutions d’un jour après l’autre jour d’après et d’autres jours trop bien trop pour ne pas comprendre qu’ils ne reviendront plus un foulard sur les yeux à me couper du ciel à me faire noir profond noir froid noir peur et dans ce noir à terreurs rien que les mots les mots urgents les mots à dire sans faute sans faille sans perdre de temps sans ponctuation à cause du point ce point qui me fait peur parce qu’il sera final et que je ne veux pas de fin je ne veux pas de fin je ne veux pas de fin des mots sans autre destination que la plus rapide
de ma bouche à…
… ta bouche… respire… respire… il y a dans le frôlement de ma bouche à la tienne la courbure légère, les noces du miel et de la soie, la fragilité d’un papillon aux rives d’un bleuet… il y a toi…
J’ai trop tant voyagé, trop tant posé mon sac et repris mon sac, trop si trop emporté de l’eau pour ne pas mourir de soif, asséchée que j’étais sur ce chemin désertique au bitume craquelé qui me brûlait les pieds. J’ai trop usé mes yeux à scruter les carrefours, les virages et les panneaux fléchés, sans comprendre pourquoi, pourquoi la route m’emportait vers mon point de départ, jamais le même, toujours plus loin là où je ne l’attendais pas, là où il me fauchait ma boussole pour arracher l’aiguille. J’ai trop tendu le cou, trop tenté de percer des quatre points cardinaux le drapeau des désunis, ou peut-être seulement des désassortis. Il y avait, trompeur à faire semblant courage, à faire semblant bravoure, le sourire
de ma bouche...
… sur ton ventre… respire… respire… il y a la traîne satinée de mon baiser en robe du soir, enrobe… en… en moi-femme… il y a toi…
Romane

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