Les mains les mots des autres

Les mains et les mots des autres



Ecoute !
Derrière le mur, au-delà, là bas, de l'autre côté, les mots des mains des autres et leurs sarcasmes et leur colère et leurs suppliques. Rien n'y fera jamais. Ni leurs cris cognés, jusqu'à ce que, bleuis sous les coups de leurs poings, ils laissent l'obscénité de leur sang dégouliner sur la pierre. Agonisants. Déjà. Ecoute leur hargne, écoute la férocité de l'upercut à rompre l'air, à dessécher les poumons. En vain. Ecoute.

Il y a même, au bout de leurs doigts, sous leurs ongles, comme un silence calciné ; les mots n'iront jamais plus loin que leurs griffures, censurés par les quatre murs de leur geôle. Ecoute ce silence-là, quand ils plaquent leurs mains sur leurs tempes. Il n'y a plus de mots derrrière les barreaux. Alors ils se balancent doucement et leurs doigts serrent leur visage. Plus fort. Encore plus fort. Encore un peu plus. Serrer. Serrer. Serrer.


Ici, la main à plat, aux aguets, suspendue dans l'air, capte la musique d'une gorge aux sanglots ravalés. Il faudrait chanter les mots en collines et vallons. Les laisser filer entre les doigts, en école buissonnière multicolore. Chante ! chante ! Chante comme on sourit quand on pleure. Chante libre. La main se fait vagues et coule et glisse et caresse, douce, danse, en effleurant l'espace, laissant, de ses courbures, s'échapper les mots rouges, bleus, jaunes, verts, et vient la noce des couleurs, le banquet des mots, des verbes, des verbes en gerbes de lierres, en bouquets de lys, et tournent et tournent, il fait bon, des doigts s'enlacent au chaud du coeur, le vin coule dans les gorges, les mots s'éparpillent, les mots éclatent de rire, les mots éclatent. Les mots éclatent.

Eclatent.

Ferme les yeux. Ouvre tes mains. De l'autre côté du mur, là-bas, au-delà, ailleurs, n'importe où, nulle part peut-être.

Pourquoi ?

Eux, les autres, toi, moi, dans nos moitiés paradoxales.


Romane



Article ajouté le 2008-03-12 , consulté 192 fois

Commentaires


Istina site : istina-svaboda.blog4ever.com/blog/index-150016.html | le 22/07/2008 à 01:54:52
Nulle part, c'est si loin, c'est la lune, le ciel plus bas que les feuilles des figuiers, lourd, noir et percé de jour, c'est si près, là, dans un mot : peut-être.

Istina

Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " Prose poétique, nouvelles "

Retour aux articles


Recommander ce blog | Contacter l'auteur | Reporter un abus | S'abonner au blog Flux RSS du blog | Espace de gestion

Créer un blog gratuit avec Blog4ever