Soirée poétique, Mezos 2008

Mars 2008 - Soirée poétique à Mézos (Landes)


Nous sommes partis tout de suite après une répétition théâtre hilarante, au cours de laquelle nous avons pleuré de rire, interrompant brutalement le cours du filage pour nous tenir les côtes.

Ce rendez-vous du soir, dans ce minuscule village perdu dans les Landes, portait le titre de "Soirée poétique". Invités par Yaya, une amie de Yugcib (rencontrés pour la première fois il y a quelques semaines au cours d'un déjeuner à Tartas), nous sommes arrivés dans ce lieu où se dressaient des petites tables fleuries, d'autres chargées de livres, des murs où étaient accrochés des peintures et dessins, et la grande table de victuailles, dont le succulent magret séché que Philippe avait porté, au grand régal de nos papilles.

Quand le public/participant est arrivé, très vite le ton a été donné ; bon enfant, chaleureux, curieux, bref une ambiance agréable en perspective.

Eh bien oui. Toute la soirée s'est déroulée sous le thème du partage et de la bonne humeur. Une conteuse professionnelle avait été invitée pour mener la soirée, par une prestation époustouflante. Du Ferré, du Rimbaud, non pas chanté ou lu, mais interprété d'une manière magistrale, que nous en sommes restés sur le cul, émerveillés par la voix, les intonations, le jeu entre cette femme et les mots. Moi, j'y ai vu une sculpture, ni plus ni moins. Sculpture de mots, comme on façonne l'éphémère dans un lieu qui s'y prête.

Le bateau îvre à sa manière, mêle le français et l'anglais (selon traduction qu'en avait faite l'auteur lui-même), les sons du parler comme une musique rythmée entre sensualité et fièvre, douceur et force, conviction, vie. Une merveille, tout simplement.

La présence d'un abbé pas comme les autres, nous a enchantés. Un petit homme mince au visage de petite souris rieuse, environ 80 ans, qui, jadis, durant la seconde guerre mondiale, sortit des enfants des griffes nazies et qui nous raconta... mais qui sut aussi nous faire partager sa deuxième passion : le rugby !

Et puis chacun pouvait dire/lire ses propres textes ou les textes d'auteurs connus ou pas, dans la liberté la plus totale. Beaucoup ont participé, tous ces textes si différents, empreints de questionnements, d'humour, de gravité, d'amour, pétillant ou doux comme des baisers, tous ces textes ont été absorbés par un public attentif et heureux.

Je me suis mêlée aux conteurs pour partager quelques textes inédits. Cette fois, j'avais décidé non pas de lire simplement, mais de vivre mes textes. Ce fut facile et épuisant. Epuisant parce qu'ils sont violents. Ils viennent de là où rien ne se dit, où tout se lâche dans un débordement fait de houle issue des tripes, du côté obscur de ce que nous sommes, de ce qu'on tait habituellement, par pudeur sans doute. Ils sont partis tous ces mots, et je voyais ces visages pétrifiés, statufiés, ces yeux rivés aux miens comme des balustrades réciproques où chacun s'accroche pour ne pas perdre l'autre...

Un monsieur de l'assistance m'avait confié qu'il avait, durant sa vie active, tenu un poste important dans un secteur très balisé et avait ajouté : je n'aime pas les mots tièdes, ils n'ont pas grand chose à délivrer.
A la fin, ce monsieur est venu me voir et m'a dit : Madame, la force de vos mots m'a emporté. Merci. Merci.
Sa déclaration fut l'un de mes cadeaux, en quelque sorte. D'autres encore, beaucoup, mais celui-là me touche particulièrement.

Celui que me fit la conteuse aussi. Elle est repartie mon livre sous le bras, avec mon autorisation pour faire de mes mots ce qu'elle voudra. Je sais déjà le sort qu'elle leur réserve... le bateau îvre fut un échantillon... rendez-vous l'an prochain pour entendre mes petits mots choisis dans la voix de cette magicienne...

Jean-Louis, mon fidèle compagnon de scène et d'écriture, a offert une palette de ses multiples talents au travers de textes divers et sa maintenant célèbre prestation de La Fontaine "Le renard et le corbeau" à sa manière... truculente. Un grand coup de chapeau à lui, parce qu'il le vaut bien.

Beaucoup de retours des uns aux autres, et la promesse de revenir l'an prochain.

Merci pour ça, Yaya. Merci Yugcib.





Article ajouté le 2008-03-23 , consulté 373 fois

Commentaires


Romane le 18/02/2009 à 13:54:26
Un inconnu vous fait une déclaration... surprenante ! Qui êtes-vous ?
camilloumorand le 18/02/2009 à 09:59:09
Je vous aime....
Romane le 03/10/2008 à 20:41:58
Ils t'entoureront de ce nouveau monde désormais tien, ce pays des mille merveilles ponctuées d'éclats de rire et d'amitié-chaud-au-coeur, un cercle dans un cercle ; celui d'un public réceptif, et puis après, encore des mots et des rencontres, encore des partages. Et toujours l'envie de vivre.

Main dans la main, belle amie.

ysandred'Aquitaine le 03/10/2008 à 20:39:07
Mézos.... ma parenthèse enchantée d'il y a un an, les baisers de soleil, "l'inoubliable" (jamais oublié) de retour, et puis, le jardin noir, le soleil éteint, la désespérance. Mézos, je vais te retrouver... mais ils seront là, autour de moi, mes amis des mots, pour me protéger de la douleur, des souvenirs qui déchirent, ils seront là.
Romane le 15/04/2008 à 23:56:01
Tout ça porte un nom : voyage des mots.
Qu'ils vivent ou qu'ils se taisent. Autant qu'ils vivent....
Merci Pascal.
Pascal Truchet site : pascaltruchet.over-blog.com | le 15/04/2008 à 14:58:10
Tant qu'il y aura encore des lieux pour dire des textes, les siens, les autres, ceux trouvés, ceux laissés, des lieux où l'ouvrier peut dire sa colère, le philosophe sa désespérance et le poète son message réel et oblique... nous ne désespérerons pas.
Romane le 23/03/2008 à 22:59:46
Diego, ton lien ne fonctionne pas (rires.... pardon, j'peux pas m'empêcher.........)

Dans le fond, je préfère les choses simples et sincères, que grandiloquentes et hypocrites. Ah ce que la vie est belle, quand elle s'y met !

Une bise, monsieur que j'apprécie !

Diego Ortiz le 23/03/2008 à 21:54:40
Et quel plaisir pour quelqu'un tel que moi d'apprendre que de tels évènements ont pu se produire pas plus tard que mars à Mézos (Landes): il y a donc lieu de se réjouir, d'espérer. L'existence, son épaisseur, sa légèreté tout.

Le New York Times met à disposition l'intégralité du discours d'Obama en réponse à ceux qui tentent de le descendre en prenant pour munition les propos imprudents ou impudents de son pasteur, son homme de confiance. Quelle tenue ! C'est en anglo-américain. Je doute que le texte n'ait pas été revu cent fois par des conseillers en communication, mais enfin, que ceux qui peuvent lire ou écouter Shakespeare dans le texte se fassent une idée : [ben j'ai perdu le lien, peu importe; cela sera historique ou non, peu importe également, ma question du jour portait seulement sur le poids de la sincérité] - mon idée, donc, en bref, c'est que mieux vaut le petit Mézos [tel que décrit ici] que le Tibre palatin, et ainsi de suite. Bravo, donc, et vivent les forêts et les rivages des Landes !

D.O.



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