J'écris
J'écris
J’écris à mots perdus, j’écris comme on écrit quand on extirpe un uppercut, comme on se dresse, fier, sur la terre vierge d’une page dans l’attente.
J’écris en pleurant parce que les mots ne veulent pas de moi, j’écris dans l’ombre, j’écris collée au mur, j’écris ce que je ne pourrai jamais dire, j’écris ce que je n’ose pas penser, j’écris, hébétée, j’écris d’une tranchée, j’écris en me brûlant les doigts au flambeau d’une fête tragique, j’écris tripes dehors, j’écris dépecée.
Je voudrais pendant que j’écris, que vous soyez là, je voudrais vous voir patauger dans le sang de leur sens, dans la sueur de leur encre. J’écris à crier comme on vomit les souvenirs qu’on trahit, j’écris sous l’emprise de leur alcool, j’écris noyée dans un whisky qu’aurait plus de goût à force de brûler. J’écris comme on lance une grenade, j’écris entre deux portes, entre deux amours maudites, j’écris menottée, j’écris.
J’écris comme on griffe un dos, comme on craque la chair d’un fruit trop amer, trop confiant. J’écris dans l’urgence, dans l’absence, j’écris en fer de lance, j’écris spasmodique, louche à enfermer, j’écris en liberté conditionnelle dans le collimateur d’un chien, j’écris.
J’écris dans le rictus d’un caniveau, j’écris dans le revers des poubelles de vos trottoirs, j’écris dans la liesse, dans la folie furieuse, sur la tranche d’un fil à rompre d’un coup de lame, d’un coup de blues, d’un coup d’hibernation quand on fout le camp, j’écris comme on tire sa révérence. J’écris dans le silence marteleur, j’écris dans l’horreur, j’écris dans le vertige, sans appui ni garde-fou, j’écris les yeux fermés.
J’écris la nuit quand les loups hurlent leur sauvagerie, j’écris dans l’entrejambe des femmes qu’on viole, quand elles crient. J’écris sans nom, j’écris sans foi ni loi, paupières calcinées sous le tir des mots que vous me refusez, j’écris sous n’importe quel ciel pourvu qu’il soit vivant, j’écris dans l’espérance, j’écris vos mensonges, votre imposture, j’écris les sourires qui me veulent sacrée, les sourires à me faire fuir, j’écris vos barbelés et mes mains qui s’y déchirent, j’écris dans le galop de l’évasion parce que je vous écris libre, je vous écris libre, je vous écris libre...
j’écris à perpétuité.
Romane

Commentaires
Romane le 08/05/2008 à 13:49:38Le hasard fait bien les choses, il m'a aussi permis de pousser une porte et ce que j'y trouve me parle.
Bienvenue aujourd'hui, demain, n'importe quand. Pour le plaisir du partage.
Amitié, istina.
Istina site : istina-svaboda.blog4ever.com/blog/index-150016.html | le 08/05/2008 à 13:42:07
Bonjour,
J'ai poussé quelques portes au hasard, et j'ai ouvert celle que je ne pourrais oublier...
J'écris avec mon sang, avec mon âme...et je lis...
j'ai lu ici ce qui restera dans mes plus belles promenades sur la toile. Je reviendrais, une fois, deux fois, et d'autres encore, toujours.
Istina
Ernest J. Brooms site : www.broomse.com | le 14/04/2008 à 10:53:27
Le jury ayant délibéré vous condamne à écrire... à perpétuité sans réduction de peine !
Romane le 14/04/2008 à 01:54:20
Alors tu vis, Diego, tu vis ! Rendez-vous le plus tard possible là-haut, pour foutre le boxon. Ne change pas.
Je t'embrasse, monsieur.
Diego Ortiz le 14/04/2008 à 01:46:31
J'écris nuit et jour et dans toutes les positions même quand papier et stylo me font défaut. J'écris comme je respire, sans rien, juste pour purifier l'air. Au paradis je continuerai sans nul doute et je ferai bisquer Saint-Pierre, et en enfer aussi je damnerai Satan.
Diego