Balade noire immaculée
Balade noire immaculée
C’est comme si la terre se boursouflait, se fendillait, se craquelait, comme si la terre s’ouvrait, comme si la terre s’ouvrait et dedans elle tout ce noir à sortir, tout ce sombre à ronger les ongles, tout ce compact à effilocher, à débriber, à étirer, à extirper.
Tout ce noir dont je suis faite, tu sais, ces larmes de l’enfant-Lui, de l’autre côté des vitres, ce jour là il pleuvait du ciel de ses yeux comme il pleuvait du ciel du monde, il pleuvait, il pleurait, il pleuvait… de ces longues traînées enfantines aux roulis convulsifs…
A laminer le cœur.
Et la terre, cette croûte à broyer qui n’en finit pas de vomir ce noir. Souffle coupé. Crier sa réplique à s’en plomber les mâchoires, et sous les projecteurs, oublier qu’après viendra ce rien terrifiant.
Tous ces hommes assoiffés de ce je ne sais quoi qui n’est pas en moi, pendant que je creuse rageusement sur leur mur : ENTIERE ! en majuscules maculées des cendres de leur mère, de leur servante, de leur vide-ventre. Je suis le miroir de leur inversion, la putain de ma revendication, le flambeau de mon incendie, je marche sur leurs tessons d’amertume, intacte, noire immaculée à conception paradoxale. D’un revers de la main, j’ai trucidé leurs fantasmes inachevés. Je vis.
A en crever.
Le temps d’une balade à faner des yeux les fleurs du printemps, les deux pieds sur la ligne blanche, y’aura bien une voiture, un camion, y’aura bien un bolide à m’avaler-fauchée.
Noire sombrée. Avec, au milieu du cœur, le petit point « je t’aime » en victoire inviolée.
Romane

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