Tempo-macadam
Tempo-macadam
Il faudrait trimballer son propre bâillon, mains collées sur les lèvres à ravaler les mots, judas muet… Derrière le froid lisse d’une porte plombée, sangler les mâchoires, cisailler les cordes vocales quand trop d’alcool les brûle aux avalanches du verbe. Ravaler, refouler, avorter.
Tempo.
Il roule comme un fou et ses yeux hallucinés avalent le macadam. Il roule comme un fou.
Trop tard. Trop tout. Trop. Là où la ligne d’horizon inversé devient trajectoire, cible, viser, tirer, tuer. Trop tard. Trop tout. Comme des airs d’invincible. L’impuissance au bout des doigts, et ça saigne dedans et ça saigne là où ça ne tarit plus.
Tempo.
Il roule comme un fou. Ses yeux hallucinés. Macadam avalé encore et encore, il n’en finira pas…
Y’a comme un cœur qui n’en veut plus de cogner ses murs. Des mains trop désertées. Whisky s’il vous plaît ! Triple doses à overdoser les unes après les autres, un verre et puis deux et puis sept. Sept jours d’une semaine, une assiette inutile, un lit vide, un rire brisé.
Tempo.
Il roule. Comme un fou, ses yeux hallucinés. Pneus macadamisés, avaler, encore avaler, c’est trop long, c’est trop loin…
Et puis c’est trop tard. Ils sont là, violeurs de l’interdit. Ces mots là qu’il ne fallait pas. C’est trop tout, ça saigne là où ça cogne, et l’alcool n’y peut rien, dormir sera vain.
Il roule. Tempo. Il roule. Tempo. Il roule. Halluciné. Avalé. Macadam par-dessus le bois plombé.
Romane. A J.

Commentaires
Ernest J. Brooms site : www.broomse.com | le 28/04/2008 à 10:55:34L'alcool, la solitude et cette route à avaler qui ne semble mener nulle part sinon au souvenir d'une course folle contre la vie dans "Orange Mécanique"... Beau texte, merci.
Romane le 27/04/2008 à 22:00:59
Diego aurait donc quelque côté retrousse-manches pour contrer le destin ?
Ma foi, et pourquoi pas.
Diego Ortiz le 27/04/2008 à 19:00:30
Mais qui est donc cet Al MacAdam, si mystérieux et maléfique ? Filez-nous son adresse et nous la lui règlerons pas cool. Cosa Nostra.