Nos voisins. Regard sur la Suisse
Française d'origine, je vis en France que je n'ai jamais quittée. Pourtant, aujourd'hui il m'apparaît nécessaire de regarder par-dessus le trait en pointillés de la carte géographique.Pourquoi ? Parce que les frontières tombent une à une inexorablement, à commencer par la poussée du Net. Nos amis sont désormais issus de n'importe quel point géographique du globe. Ce qu'ils vivent, nous le vivons avec eux au quotidien, dans ce formidable échange/partage des mots auquel nous sommes désormais attachés affectivement et humainement. Comment ne pas ?
Evénement en Suisse. Source : http://www.swissinfo.org/fre/politique_suisse/index.html?siteSect=1500
Dimanche 1er Juin.
A presque 64%, les Suisses ont refusé de réintroduire la possibilité de soumettre les demandes de naturalisation au vote populaire. Les deux autres objets, soit l'initiative dite «muselière» et l'article sur la santé ont été encore plus nettement rejetés.
Balayée par 1,4 million de votants contre un peu plus de 800'000, l'initiative de l'UDC (droite nationaliste) récolte l'opposition la plus virulente dans les cantons romands, avec plus de 80% de non à Genève, Neuchâtel, Vaud et Jura et près de 75% à Fribourg et en Valais.
Plus généralement, la Suisse des villes est la plus opposée aux naturalisations par les urnes, idée qui n'a trouvé grâce qu'auprès de citoyens de Schwytz. Dans ce canton, il est vrai, la pratique était en vigueur dans 25 communes sur 30 avant que le Tribunal fédéral (Cour suprême) ne la déclare anticonstitutionnelle.Non à l'arbitraire
Le président de la Confédération Pascal Couchepin se réjouit de ce verdict. Pour lui, «la démocratie directe implique le respect de l'Etat de droit, qui n'est pas compatible avec la discrimination et l'arbitraire».
Satisfaction également de sa collègue ministre de Justice et Police. Pourtant issue des rangs de l'UDC, Eveline Widmer-Schlumpf constate que «par sa décision, le peuple a estimé que les autorités de naturalisation, démocratiquement élues, font du bon travail».
Au Parti radical (droite), on estime que ce net rejet de l'initiative «souligne l'attachement du peuple suisse à l'Etat de droit» et marque également «la première défaite flagrante» de l'UDC depuis qu'elle veut se positionner clairement comme parti d'opposition.
Les Socialistes annoncent de leur côté le prochain dépôt d'une initiative parlementaire visant à accorder automatiquement la naturalisation aux étrangers de troisième génération.
Pour les Verts, il est nécessaire de simplifier la procédure de naturalisation. Aujourd'hui, les candidats au passeport rouge doivent attendre beaucoup trop longtemps, juge Ueli Leuenberger, président des écologistes.
«Incontestable défaite»
Dans le camp des vaincus, Guy Parmelin, député UDC vaudois au parlement fédéral, voit dans ce non une «incontestable défaite», qui tiendrait à une mauvaise présentation des arguments du parti.
Un avis qu'on ne partage pas à Zurich. S'il fallait recommencer la campagne, on utiliserait les mêmes arguments, insiste Hans Fehr. Et de promettre une motion exigeant que seules les personnes détenant un permis C (permis d'établissement) puissent demander la nationalisation.
«En matière de naturalisations, il faut placer la barre plus haut», estime le député.
Pas des «imbéciles»
Balayée encore plus nettement, l'initiative dite «muselière» recueille 1,63 million de non et moins de 539'000 oui. Là encore, les Romands sont les champions du non, avec des scores frisant ou dépassant largement les 80%.
Le Conseil fédéral (gouvernement) pourra donc continuer de pratiquer une politique d'information offensive lors des campagnes de votations. Le comité opposé au texte - qui regroupait tous les partis gouvernementaux à l'exception de l'UDC - est «très satisfait» du résultat.
Dans le camp des perdants, on clame carrément que «La Suisse a abandonné la voie de la démocratie directe». L'avocat zurichois Markus Erb, du comité «Citoyens pour les citoyens», qui a lancé l'initiative, explique l'échec dans les urnes par la toute-puissance du Conseil fédéral et critique le fait que dès la départ, les médias aient baptisé son texte «initiative muselière».
«Les gens ont eu peur que le gouvernement soit muselé, ce qui n'était pas le but de cette initiative», renchérit le député UDC Oskar Freysinger.
«Il ne faut pas prendre les citoyens pour des imbéciles. Ils savent exactement ce pour quoi ils ont voté», rétorque, au nom des vainqueurs du jour, la députée libérale Martine Brunschwig-Graf.
Regret «institutionnel»
Dernier objet, dernier refus: l'article constitutionnel sur la santé n'a trouvé grâce qu'auprès de 661'000 citoyens, alors qu'ils ont été 1,505 million à glisser un non dans l'urne, ici encore, plus nombreux en Suisse romande que dans le reste du pays.
Pascal Couchepin, ministre de l'Intérieur également en charge de la santé, jugeait ce texte inutile et ne le soutenait que du bout des lèvres. A l'heure du verdict, il n'affiche donc qu'un regret «institutionnel, le plus faible sur l'échelle de Richter des émotions politiques».
Pour le président de la Confédération, les citoyens rejettent aussi bien le dirigisme que le laissez-faire dans le domaine de la santé. Ce résultat ne change rien, car les principes de l'assurance maladie figurent dans la loi.
Dans le camp des vainqueurs, les cantons, les médecins, la gauche et les démocrates-chrétiens se sont montrés très satisfaits du verdict. Pour les Socialistes et les Verts, il s'agit d'une «gifle à la majorité bourgeoise du Parlement, en décalage total avec les volontés de la population».
Parmi les battus, l'UDC souligne le rôle déterminant qu'ont joué les cantons dans la campagne. Pour santésuisse, on a laissé passer une chance. L'organe faîtier des assureurs maladie attend maintenant du Parlement qu'il poursuive la réforme législative engagée depuis belle lurette.
swissinfo et les agences
* * *Témoignage saisi au vol
Je ne sais si vous imaginez à quel point nous sommes passés près de la catastrophe : c'était le peuple et la Suisse officielle qui passaient au trou noir, rien de moins, à force de votes tous dans le même sens. Les petits fonctionnaires avaient repris du poil de la bête à un point inimaginable, tout à fait comme les nazillons dont parle Uwe Johnson (autre fil), outrepassant leurs droits pour harceler tout ce qui n'avait pas l'air de pouvoir se défendre, en particulier les étrangers, mais aussi les vieux, les invalides, les mendiants et en général les inutiles décrétés importuns.
Je suis un ami des bêtes. J'aime les chiens aussi. Mais ceux de Choglamsar, où je vécus six mois autrefois, la nuit se rassemblaient en meutes, dont le comportement, comme chacun sait, n'a rien à voir avec celui des bons toutous du jour.
La dérive populiste et fasciste suisse, année après année, a rendu ce pays de plus en plus invivable pour les faibles, les indésirables. Le mécanisme est bien connu. Quelque chose au fond de chacun de nous est fasciné par la masse et les représentations qu'elle véhicule, même si celles-ci se trouvent à l'opposé de tous les efforts de notre Moi (du moins on peut l'appeler ainsi) pour construire une vie et un monde suffisamment bons et cohérents.
La bête qui se réveille alors en nous, je l'ai vue de mes propres yeux, à Genève, et au sein même de ceux qui appartiennent à mon milieu professionnel. Des personnes apparemment saines et humanistes se mirent tout à coup à laisser transpirer des actions et des attitudes qu'on ne leur aurait jamais prêtées auparavant. De petits fonctionnaires se mirent à lever la tête avec arrogance. Ils sentaient venir leur Grand Soir. Ils eurent raison, longtemps, et peut-être encore pour un temps. Et pas seulement de petits fonctionnaires. D'autres, des pékins, des quidams, dans la rue, dans le tram, dans toutes sortes de cafés et de bureaux.
Je livre ici un échantillon qui m'avait particulièrement frappé, au moment de décider d'arrêter la publication de mon blog, le 7 janvier 2008 :
"Dérapage verbal"
Sanction contre une magistrate genevoise: Mon Repos confirme
Pour des propos déplacés tenus à une mère de famille handicapée de la vue, une magistrate genevoise écope définitivement d'un avertissement.
Le Tribunal fédéral (TF) a confirmé une sanction du conseil supérieur de la magistrature genevoise.
Présidente de la commission cantonale de recours de police des étrangers, la juge avait coupé court aux arguments de cette mère de famille, qui se plaignait d'un glaucome aigu et s'opposait au renvoi de ses enfants en Algérie, disant qu'elle n'avait qu'eux au monde et qu'elle craignait de ne pas pouvoir leur rendre visite.
«Cela ne nous intéresse pas, il vous restera toujours un deuxième œil et votre mari. Il y a d'autres personnes dans le monde qui sont aveugles», avait rétorqué la magistrate.
En juin 2007, le Conseil supérieur de la magistrature avait sanctionné ce dérapage et avait prononcé un avertissement. Il avait qualifié les propos tenus par la magistrate de «forts, directs et durs», ajoutant qu'ils étaient «de nature à blesser la justiciable ».
En dernière instance, le TF rejette un recours de la juge.
Celle-ci avait vainement contesté la composition du Conseil de la magistrature et sollicité une confrontation.
Arrêt 1D_15/2007 du 13 décembre 2007
Le Courrier du 7 janvier 2008.
J'avais tout particulièrement apprécié la candeur de cette magistrate, et le sens affirmé de son bon droit. Faire un recours devant l'instance la plus élevée du pays, il fallait l'oser, et sans doute s'être entendue dire qu'elle partait gagnante. Et à l'arrivée, n'écoper que d'un "avertissement définitif"... Elle a dû se sentir bien lâchée par les siens, la pauvre âme.
Nous nous serions accommodés des quidams et même des hooligans, mais c'est au coeur de nos institutions que la bête s'était réveillée, en particulier depuis l'accession de Christoph Blocher (UDC) au poste de responsable du Département Fédéral de Justice et Police. Des magistrats furent dessaisis de dossiers, des services remaniés, des cartes redistribuées, sous couvert de mesures d'économie. Des règlements inédits apparurent, avec notamment pour conséquence de priver les demandeurs d'asile du droit de posséder un numéro de téléphone portable - un exemple entre mille.
Et la démocratie je vous le jure, quand cela se barre, c'est à toute vitesse. Nous avons eu notre Munich. Des récits tels que celui cité plus haut, nous en avons été abreuvés, de vive voix, ou par les médias, sans que beaucoup s'insurgent. Les têtes dodelinaient. Que faisions-nous, tandis que nos maîtres du moment, élus par le peuple, tentaient tout pour démanteler nos institutions, y compris le Tribunal Fédéral ? On aboyait à tout propos : "Economies ! Abus ! Durcissement ! Tour de vis ! Tolérance zéro ! Rétention ! Nettoyage !" et nous dodelinions de plus belle, comme les passagers d'un train lancé à toute vitesse, auxquels le sens des écriteaux du bord de la voie ne parviennent que de manière subliminale. Nous dormions. Et plus il y avait de signaux, plus nous nous endormions profondément.
D.O
* * *
2008. Début du millénaire de la spiritualité, annonçaient-ils fièrement le premier janvier 2000. Vraiment ?

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