Laconfiote et ses p'tits bouts

Laconfiote, Laconfiture, c'est une tartine de mots à chantonner, une tartine de beurre aux verbes de sucre... glace, à brûler les doigts qui voudraient le voler, chansonnette entêtante, envoûtante, obsédantes, une et puis une autre, et puis une autre encore, et puis encore toujours, et quand elles sont finies on recommence, tourne tourne la nuit et le jour, il fait toujours l'enfance et le cru du regard sur le même parapet, suspendu au-dessus du vide.

Amie, belle amie, ne cesse point d'écrire, ce serait nous priver d'un virage adrénaline, mine de rien, mine de rien, comme si et pourtant non.

Les petits trous

Par le petit trou. J’ai le désert facile. Et les airs qui partent en ville. Par le petit trou, des petits trous en dessous. Je fais des marelles au sol, bien cachées, un deux trois du soleil. Les retraites folles de mon grand sommeil. Pas vue et pas prise. Et les loups qui courent encore. Pas vue et pas prise. Au dehors. Par le petit trou de la serrure, je m’évite les petites griffures.

Le premier soir je me suis endormi sur le sable à mille milles de toute terre habitée.

Y’a des trous, des petits trous dans ma petite tête. Qui murmurent et qui crient ma chansonnette. Que le monde fait des murs et des murs sur la route. J’ai le chemin qui s’arrête. Et puis moi j’écoute. A la porte, les petites portes. A double tour, des petits tours, des petits tours dans ma tête.

Et j’aime la nuit écouter les étoiles. C’est comme cinq cent millions de grelots...

Y’a du vide et pas d’étoiles, des petits trous dans le ciel. Le plafond qui s’étale, en marelle en marelle. Y’a du vide tout autour et les murs qui grandissent. Sur le sol de ma tour, que je glisse, dorée et déjà, je glisse, Messieurs. Je suis pas là, pas vraiment là. Y’a du vide et pas d’étoiles, et mon ciel, Messieurs, a mis les voiles ce soir, les voiles ce soir. Par le grand trou, le grand trou tout noir.

Il tomba doucement comme tombe un arbre. Ça ne fit même pas de bruit, à cause du sable.


* * *

Les bottes qui dansent

Au début, on a rien vu du tout. Et puis on a rien vu après. On a chanté les hommes qui défilaient en grand fusil. On a pris le temps de faire du célèbre avec des jolis airs. On a chanté les forts et les courageux. On a roulé autour du monde, les bottes dans le ciel, des rondes qui dansent. Et puis on a rien vu alors. Dans le ciel, y’avait des airs de cérémonie pour nous distraire. Oh Champs Elysée.

Palapala

Les hommes ont l’arme facile, l’œil qui frise. Le nez qui pique. Les hommes, ils savent bien faire du beau après. Pour avoir la paix. Les hommes, ils se mettent sur la pointe des pieds. Et puis ils sont tout petits quand même. On a fait des discours qui résonnaient dans les campagnes. On a fait rugir nos féroces soldats. T’étais pas là.

Palapala.

Au début, on a dit que la France, elle était belle. La France, c’était le monde. On a pas vu les cailloux qui faisaient les fiers. Les pierres qui jouaient dans le ciel. Au début, on a chanté la gloire et les monstres, ils ont chanté aussi. Madame, les hommes ont les ciseaux faciles. Et y’avaient des féroces qui montraient les dents. Madame, ils ont appelé la France qui elle était belle. Au début, on a rien vu. Et puis la France, elle perdait ses cheveux. On a pas vu qu’il restait que ton visage pâle.

Palapala.


* * *

Mes consonnes

Je compte sur mes doigts, les pastilles, des mes journées d’en bas, et les soirs qui vrillent. Je compte à l’envers, mon chagrin, dans des verres, qui s’éteint, qui s’éteint. Mon monde à la fête, que j’avale, j’avale mes cachettes. Et l’eau qui brûle, dans ma vodka sans bulle. Je compte plus loin les voyelles, avec elles, avec elles, mes consonnes la nuit.



Je fredonne, dans l’air des néons, mes consonnes, sans fond, fond, fond. J’ai le corps plastiques et la tête coton, c’est le monde électrique, qui tourne pas rond, pas rond. J’ai le droit, tout droit, qui plonge, et qui court toujours plus bas. Madame, Monsieur, regarde moi pas comme ça, on sait plus rire sans prendre le pire, mes consonnes le paradis.



J’écris des lettres qui passeront, qu’il faut se mettre, dans le ton. Pour que j’amuse, j’avale, j’avale, et j’en use, de mes fleurs du mal. Et puis le monde qui s’efface, dans la fumée, et puis pas une trace, dans la journée. Je saurais m’arrêter, demain, demain, le monde voudra bien m’aimer. J’arrête rien. J’écris des lettres de promesses, et mes consonnes se blessent.


Je continuerai à fredonner, et demain et moi, L, S, D. Lalala…


* * *
Les verres à pieds

Tu connais par cœur les histoires de fin de semaine, les verres à demi vides dans des boîtes qui traînent. Tu connais par cœur, les battements et les battements de la musique sur le sol. Là, là, là-bas.


Elle a cette habitude de commander un Martini. Double. Trois olives. Un verre à pied et à talons. Pour prendre de la hauteur. Et puis un autre. Et puis un autre. Double. Trois olives. Elle boit en rythme, et il en faut un peu plus pour danser. Quand tapent et tapent, ses doigts sur le bord de la table. Un autre Martini, s’il vous plait.


Tu fais des tours les samedis, dans des paillettes, et des néons bleus gris. Tu fais des tours, tu tombes et tu te relèves, et puis tu tomberas encore et encore une fois sur le sol de là, là , là-bas.


Elle a des mains qui s’éternisent dans le dos, la robe qui brille et les jambes de figurines. Le corps sous la main. Du Monsieur à cravate. Et la robe qui remonte le long et le long. Plus court et plus court. Faut faire la poupée pour gratter un petit mariage. De la romance de plastique dans l’air électronique. I know I’m a sex bomb.


Tu couches dans des lits anonymes, jusqu’au dimanche matin. Du bois dans la tête et des verres sous les pieds. Un peu d’alcool en moins, dans le sang et le cœur mouillé. Pas la force de chanter, là, là, là-bas.


Elle se fait mal dans les foules masculines. Des garçons qui jouent les pirates. Y’a des jolis mots qui circulent dans le champagne et les bulles. Des garçons qui jouent les poèmes. Y’a des jolis maux au réveil, qui tombent de la veille. Elle fait comme si elle le savait pas, les poupées, ça sourit, ou ça embrasse pas. Un autre Martini, s’il vous plait.


Là, là, là-bas.

* * *

A la fin du livre, le monsieur fume de la dynamite. De la dynamite jusqu’au coup de feux d’artifice. Comme ça, la nuit, tout seul, dans le jardin. Au fond de son jardin. Une histoire de fatigue, un truc comme ça, de loup qui court devant des petits hommes à fusils. Et de neige aussi, de la neige tout autour qui fond jamais, qui s’installe dans la tête. Du blanc dans la tête, c’est ça, du blanc qui prend toute la place.

L’énorme éclaboussement d’or.

Au début, je pensais que des murs blancs, ça offrait des possibilités. Une dame dans l’écran a dit que ça paraissait plus grand. Bref. C’est tout petit. Des mètres carrés, on les dupe avec pas grand chose. Et puis le monde, il reste tout blanc. J’ai une photo de la grande ville au dessus de mon lit. Le ciel tout bas, et la ville qui s’allonge. Y’a une statue qui devrait parler de liberté. Elle bouge pas forcément. La ville raconte n’importe quoi.

L’énorme éclaboussement d’or.

On m’a répété de sortir. Le monde entier voudrait que je sorte. Le monde entier raconte des salades. J’avale pas. Je hais le monde entier. On ne crie pas au monde entier, c’est bien trop grand, faut se faire petite, dans un coin. Là. Entre quatre murs blancs, quelques pages blanches, et des phrases dessus. On m’a bien appris à montrer les dents et les jolis sourires de convenances. Les dents dehors. Ici, ma belle, tu fais ce que tu veux.

L’énorme éclaboussement d’or.

Il y a une fenêtre coupée dans le mur juste en face de l’entrée. Et puis des gens qui marchent sans arrêt, qui font du bruit sans arrêt, qu’arrêtent pas de vivre et de vivre toujours. Même tous seuls, ils continuent de parler de tas de choses. Tout tranquilles qu’ils sont. Comme s’ils ne savaient rien. Tout tranquilles de marcher dans la rue et de croire qu’ils vont quelque part. Je dors le matin, le soir, le matin surtout, je dors de trop savoir.

L’énorme éclaboussement d’or.

Des fois, j’entends plus rien et ma tête, elle est toute vide. Des fois, ma tête, elle est toute vide. Et les murs blancs, c’est ma tête. La nuit, je devrais dormir, et je peux pas. Y’a du vide qui crie de partout. Le monde veut pas le faire taire avec ces salades. Je hais le monde entier, parce qu’il est tout heureux d’avoir oublié. Je me souviens de la neige, et du loup, et les petits hommes qui lui court après. Des fois, je suis un loup qu’on abat à coup de fusil. Cette fois, c’est moi qui ai le fusil. Et le blanc, il a pris toute la place.

Et il y eut, au fond du jardin, l’énorme éclaboussement d’or qui éclaira la nuit pendant une seconde. C’était la tête de Langlois qui prenait, enfin, les dimensions de l’univers.

* * *
Il y a une femme.

Au bord, du vide, respire, et repart. Respire, respire dans l’air. Et étouffe les cris, et les jolies histoires. Ma bouche et ton cœur de pierre. Un caillou, respire, un caillou qui caresse. Je te tourne autour et laisse. Respire, mes yeux fermés cette nuit.

Une femme.

Au bord, du vide, ta langue, dit rien. Raconte et racole, les morceaux. Mon cou, autour de tes mains. Moi j’prends l’eau. Respire, et plonge. Des bouts de moi sur toi, pour le meilleur et pour le pire. Respire, sans la bague au doigt.

Une femme.

Au bord, du vide, de l’autre, qui attend. Respire, plus vite, respire encore. Au bord, respire, des larmes. Autant. En finir. Respire, plus fort. Et du flou, du flou tout autour, comme si tu faisais l’amour. Du flou, du flou écarlate, respire. Et le monde qui éclate.

Une autre.

* * *

Laconfiture





Article ajouté le 2008-09-21 , consulté 142 fois

Commentaires


Romane le 22/09/2008 à 08:50:52
Ah, Eliane, ceux-là ne sont pas de moi, mais de Laconfiture, comme je l'indique tout en haut de sa page. Rendons à la tartine ce qui lui revient, Laconfiote a un talent fou et je lui devais bien de lui consacrer une page, comme à mes autres amis auteurs de petits bijoux !
Bonne balade, ma belle, entre planches et plume des uns et des autres.
Bises à toi
Ro
eliane d'aquitaine le 22/09/2008 à 08:47:32
Romane, Romane, ça m'interpelle beaucoup (comme on dit !) ce que tu écris. Toi aussi tu aimes le Petit Prince, j'en sais des pans entiers... "si tu m'apprivoise, ma vie en sera comme ensoleillée, s'il te plait, apprivoises-moi..." "et quand l'heure du départ fut proche... je pleurerai.. - c'est d'ta faute, tu as voulu que je t'apprivoise, moi, je ne te voulais point de mal..." etc...
Tes mots, tes délirantes, sont comme des déferlantes, et touchent quelque part les rochers immobiles et nus. Merci Romane
Romane site : http://liensutiles.forumactif.com/vos-recueils-de-poesie-f135/le-recueil-de-laconfiture-t13362.htm | le 21/09/2008 à 23:29:40
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