Approche du théâtre : le regard

J'ai tenté une expérience dont le résultat me laisse perplexe. Pour ceux qui me connaissent, vous vous doutez que les conclusions du constat ne s'arrêtent pas aux limites du théâtre, mais plongent dans la globalité et touchent un pourcentage énorme de gens.

La consigne était simple ; Je leur ai demandé de s'asseoir là où ils étaient et de compter mentalement le nombre de couleurs et de nuances qu'ils pouvaient déceler dans la salle.

Personne n'a bronché. J'ai observé les yeux aller et venir, sur les visages concentrés. Chacun s'appliquait...

Résultat : des réponses très précisément chiffrées, et quelques différences de l'un à l'autre ; 17 - 26 - 174 - 83 etc.

C'est alors que je leur ai annoncé qu'ils avaient tout faux. Il était impossible, il est impossible de compter les nuances avalées par l'oeil.

Je ne suis pas peintre, je n'y connais rien, mais je sais tout de même que je suis dans l'incapacité de compter le nombre de nuances du plus foncé au plus clair, rien que sur le dégradé d'une ombre. A multiplier par les reflets, par les ombres et les lumières dans les reflets, j'en passe et des meilleures.

Deux m'ont dit : j'ai pensé à l'infini, mais je n'ai pas osé.

Leçon numéro 1 : pousser son regard au maximum de ses possibilités. On
ne saura jamais percer le mystère de l'infini, mais on peut faire
mieux que ce que l'on fait d'habitude. Si cette évidence échappe, que penser  de  notre regard au quotidien sur les choses simples ? A méditer.

Leçon numéro 2 : oser. Ne pas oser au théâtre revient à ne pas faire
du théâtre. Oser. Si une question est posée avec trois possibilités de
réponses, trouver la quatrième, qui n'existe pas.

J'ai toutefois interrogé  Michel Barthélémy, mon ami  peintre. Je livre ici sa réponse  : 

Tu as écrit ce qui est pour moi un maître mot dans une aventure artistique: OSER. Je l'ai écrit ailleurs dans ces pages, sans audace, sans risque, il n'y a que du banal, de l'ordinaire, donc pas de place pour l'art dont le rôle est de révéler et non pas de dupliquer le monde. Ne pas oser extirper de nos profondeurs le ressenti qui y couve, ne pas oser l'exprimer, c'est se condamner à une attitude de suiveur. A rapprocher de la volonté de se démarquer de manière superficielle ou farfelue, en suivant les modes ou des modèles, tout le contraire de la fidélité à notre identité.

"Trouver la quatrième réponse", penser autrement, écrire encore des lignes alors qu'on croyait l'histoire terminée... Voilà bien des exercices auxquels nous n'avons pas été entraînés mais qui pourtant font de nous des êtres créatifs. Evidemment, notre société préfère les consommateurs et se méfie des créateurs car ils sont beaucoup moins manipulables.

Romane


30/09/2007
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