Le théâtre ; éphémère ? Vraiment ?

Quand on s'y trempe les mains jusqu'à s'y sentir entièrement happé, ça donne des heures d'écriture en première création, puis des mois de mise en scène en deuxième création, puis des heures de bricolage/couture en troisième création, puis des heures de technique pour la régie son/lumière, bref, un temps fou pour un peu plus d'une heure de scène.

A moins que de filmer le spectacle, les images/sons/histoire défilent sans retour possible. Rien ne se refait, une fois que c'est dit, c'est dit, et tant pis si le trompe-de-mot est là, c'est trop tard, et tant pis si un trou de mémoire a perturbé la scène, on ne peut plus le ravauder. Art vivant. Comédiens sur un fil. Funambule. Il faut.

Et puis les lumières s'éteignent. Le trac d'avant, l'énergie de l'instant, le vide d'après les applaudissements. Vertigineux. Le blues, parfois... Un vide étrangement fait de plein à craquer, la somme de tous ces temps de création d'avant, imaginez, imaginez... Un vide fait d'offrande et c'est fait, le tout livré à votre imaginaire dans un temps qui vient de s'achever, là, quand le rideau est lourdement retombé.

Ephémère, disent-ils nombreux. Ils ont tort.

D'une part parce que ce que le public a capté au passage de chaque instant de l'histoire, a suscité des émotions en creusant des images indélébiles dans sa mémoire. D'autre part, et voilà où je veux en venir, parce que le comédien conservera toute sa vie l'empreinte de cette expérience.

Il faut plusieurs années pour faire un bilan. Plusieurs années après. Sur le moment, ils vous disent "je n'oublierai jamais, c'est le plus beau souvenir de ma vie". Sur le moment, oui. Mais après ?

Après. Je viens de recevoir plusieurs de mes jeunes du début de ce parcours théâtre, en 2000, hier et aujourd'hui. Ils ont du cesser l'activité pour des raisons évidentes d'études corsées, qui leur prennent un temps fou, une énergie à canaliser pour se frayer un chemin sûr dans l'avenir social. Pour cela, ils doivent faire des choix, et bien sûr le théâtre se met en retrait. La mort dans l'âme. Mais.

Mais quand un jeune vous dit qu'il n'attend que la possibilité de pouvoir replonger sur la scène, que le théâtre lui a permis de se révéler à lui-même, qu'il lui a même ouvert les portes de son avenir professionnel, qu'il a engendré des questionnements obligeant à une réflexion intérieure poussée... et mille autres choses encore de ce gabarit, vous vous dites que non, vraiment non, le théâtre n'est pas éphémère.

Longtemps après, peut-être même jusqu'au bout de la vie, il nous suit, nous précède, nous habite, nous motive, nous donne l'élan, nous émerveille encore, encore, encore, et nous fait aimer la vie à la folie.

Je vous aime, vous tous qui êtes passés dans mes ateliers, durant toutes ces années. Des galères, des contraintes, des fous-rires, une complicité unique, qui fait que le lien ne meurt plus jamais.

Ils m'ont fait le cadeau de venir me dire tout cela, je leur rends hommage ici.


David, mon beau David, jamais perdu de vue, toujours très présent dans mon coeur. Je sais la réciprocité. Nous pouvons rester des mois sans nous voir, nous sommes "là" vous savez, là où rien ne se perd, ça s'appelle le coeur, je crois. Ses rôles furent de vrais bonheurs !



Yann, qui réussit l'exploit de jouer des rôles de meneurs alors qu'il n'en avait pas le profil, et qui fut plus vrai que nature. Aujourd'hui, il s'apprête à diriger vraiment, et me dit que le théâtre l'y a conduit !



Valentin, toujours aussi speed et mutin, malicieux, éveillé, drôle, d'ailleurs une mariée fort séduisante sur scène, avis aux amatri.... teu.... non, il se débrouillera bien tout seul.



Alors, on remet ça ?




22/05/2008
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