Reconnaissance

S'il est un âpre chemin à parcourir, c'est bien celui que l'on arpente lorsqu'on est autodidacte.

S'il est un fabuleux chemin à parcourir, c'est bien celui que l'on arpente lorsqu'on est autodidacte.

 

Point de contradiction dans ces deux constats. Je sais de quoi je cause, le chemin se déroule sous mes pieds, onze ans derrière et ce que voudra bien me donner la vie, devant.

 

Entrons au théâtre.

 

J'ai poussé la porte parce qu'on m'y a invitée, nantie d'une timidité quasi maladive au point qu'il me restera toujours en mémoire ce moment de la première impro, quand les yeux des habitués sont vissés sur vous et que vous vous sentez vous liquéfier sur place. Mais non, les regards sont bienveillants, et puis de toute manière on a toujours peur du regard des autres, même eux, les anciens. Et puis le temps passe un peu.

 

Deux ans d'atelier, j'aurais bien continué comme ça pendant un siècle ou deux. Mais c'était sans compter sur l'imprévu. Tu devrais monter ta troupe, tu es capable de la diriger, tu possèdes tous les éléments pour cela. Facile à dire. Mais enfin, puisque le metteur en scène de l'atelier me le suggère et qu'après tout, un défi sert à être relevé, allons-y.

 

C'est comme ça que ça a commencé.

Dans l'exploration.
Dans l'énergie.
Dans l'émerveillement.

 

Je n'irai pas jusqu'à dire que la facilité m'a tendu les bras. Car passer d'un atelier à la direction d'une troupe, c'est aussi démarrer à zéro. Apprendre. Tout apprendre. Toujours. Aujourd'hui encore, et demain à coup sûr encore.

 

Je me souviens avoir tenté dès le début d'instaurer une marque de fabrique. Mes premiers écrits pourraient peut-être se classer dans la catégorie théâtre traditionnel, mais j'évitais soigneusement la mise en scène facile. Que voulez-vous, l'originalité m'a toujours tiltée.

 

Au fil du temps, j'ai appris à peaufiner, à nuancer, à façonner un théâtre de plus en plus personnel, à l'image de ce que l'Art représente à mes yeux : la création libre d'une oeuvre  insoumise aux directives enfermantes, la libre exploration de l'expression. Oser oser.

 

J'y associe l'inévitable matière première : l'humain. Théâtre, Art Vivant.

Ces richesses latentes en soi (comédien) à découvrir. Ces capacités à explorer. Le sens du partage, de l'effort individuel et collectif, le regard sur l'Autre et sur soi-même ; ces incroyables révélations de l'Etre que procure la pratique artistique.

 

 

Onze ans plus tard, je me décide.

Parce que depuis des années, textes et mises en scène font l'objet d'éloges et suscitent bien des questionnements : Il y a un truc singulier et très fort qui se dégage de vos groupes (oui, mes ateliers font aussi l'objet  de ces commentaires), comment faites-vous ? Quel est votre secret ?

 

Au début, j'ai pensé que le phénomène était ponctuel. Force fut de constater qu'en réalité, il est récurrent. Je l'écoute, je l'oublie, il revient. Chaque fin de spectacle, sous des formulations multiples, la question revient sur le tapis.

 

Le problème est que je n'ai pas de secret. Pas de formatage, pas d'école de théâtre, pas de cursus universitaire artistique, ni même de culture théâtrale hormis les spectacles auxquels j'ai l'habitude d'assister depuis l'enfance. On pourrait dire que le capital est maigre. Le reste, ma foi, c'est les manches retroussées, les mains dans la farine, l'observation, la réflexion intérieure, la curiosité et peut-être aussi l'émerveillement en mode replay. Je n'ai pas d'autre réponse.

 

Tout de même, il existait bien quelque esprit chagrin pour faire circuler d'étranges rumeurs ; A ceux-là, je réponds : Merci. Il ne m'est pas fait plus grand honneur que d'insinuer que je ne suis pas l'auteur de mes textes et que je ne pratique plus le théâtre depuis longtemps. La crainte d'une concurrence est toujours excellente, lorsqu'elle se niche dans une compagnie professionnelle tentaculaire. Elle est déjà la reconnaissance viscérale d'une entrée par la grande porte.

 

S'il y a quelques années (disons quatre, pour faire simple) un sentiment de frustration a commencé a pousser (la sensation de commencer à piétiner, l'envie d'aller plus loin), il ne m'était pas venu à l'idée de commencer par le début. Je dois la première pierre à une personne que je ne nommerai pas ici pour des raisons de discrétion, mais qui, dans un accompagnement de plusieurs semaines, m'a mis le pied à l'étrier. Validation des acquis est la formule consacrée.

 

Se préparer au passage d'une licence n'est pas une mince affaire, lorsqu'on monte trois créations annuelles, écriture et mise en scène, et qu'on a par ailleurs d'autres activités. Mais puisqu'il faut oser oser, osons.

 

Quelques mois consacrés à l'écriture du pavé destiné aux membres du jury de l'université de Poitiers représentent un bon moyen de dresser un bilan, mettre en ordre les pensées diffuses et les clarifier. Ces semaines laborieuses m'ont procuré un plaisir difficilement descriptible, malgré la gymnastique imposée par le calendrier. Au passage, ici aussi je salue mon accompagnatrice de Poitiers, pour la qualité de sa présence lors de nos entretiens.

 

Quelque 280 pages plus loin, lorsque l'oral est arrivé, je savais me diriger les yeux fermés dans le labyrinthe que représentent tous les aspects artistiques et humains du théâtre.

 

Eh bien voilà, c'est chose faite. Licence Arts Lettres Langues, mention Arts du Spectacle Théâtre, en main, délivrée par les quelques vingt membres qui composaient le jury, ce jour-là. Et pour reprendre les termes du mail que l'un d'entre eux m'a envoyé le lendemain, oui, ce fut un moment singulièrement exceptionnel que ce temps de l'oral.

 

Ainsi voici reconnues ces onze années de travail passionnant, passionné. Et ma profession, passionnante et passionnée.

Et toute la vie devant.

 

Maintenant, place aux projets !

 

 

 

 

 

 

 

 



26/09/2011
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