St André de Seignanx - L'Avenue des Croisements - 30 Janvier 2010

St André de Seignanx. Un tout petit patelin dans le sud des Landes. C'était hier soir le lieu de notre représentation, dans la salle "Les Mosaïques".

Nous ignorions comment ça se passerait, puisque c'était la première fois que nous y mettions les pieds et que nous ne connaissions ni l'organisation usuelle sur place, ni le public auquel nous aurions à faire. Je connaissais la salle pour l'avoir visitée en compagnie du Maire, il y a deux ans, dans le cadre d'une action n'ayant rien à voir avec le théâtre. A cette époque, j'allais à St André pour des interventions d'écriture dans l'école primaire. Une bâtisse rudement bien faite, comprenant, outre la salle de spectacle, un bar, une cuisine et des dégagements aménagés judicieusement et comme on aimerait en voir plus souvent, le tout au milieu de la verdure.

Organiser cette soirée fut facile. Jean-Michel, l'organisateur, connaît son boulot sur le bout des doigts. Et puis ce qui ne gâche rien ; il est d'une méticulosité et d'une gentillesse incroyables. Depuis vendredi, nous étions sur la salle pour achever de la préparer. Une scène bien foutue, une régie en parfait état, un programme tenu pile poil dans les temps, le tout dans une ambiance délicieuse.

Hier soir, après un filage réussi en fin d'après-midi et un dîner sur place à la mesure de l'envie de chacun (certains préfèrent manger avant, d'autres plutôt après), on se demandait tout de même qui et comment serait le public. Et tandis que les comédiens se retiraient dans leur loge pour se concentrer et se préparer entre deux allers-retours aux toilettes (le trac, mes bonnes gens, le trac...) je n'ai pas tardé à me rendre compte qu'il allait falloir ajouter des chaises supplémentaires. Les gens sont arrivés, remplissant rapidement les rangs, il a fallu pourvoir les suivants de nouveaux sièges, c'était facile, tout était prévu pour cela.

J'ai choisi pour la première fois de dire quelques mots au public, avant que la pièce commence ; présentation sommaire de la troupe, de la pièce, du déroulement de la soirée. Je savais que derrière le rideau, ils crevaient déjà de trouille. Il fallait trouver de quoi les détendre et les rassurer, tout en introduisant publiquement cette soirée spectacle, aussi je me suis arrangée pour faire rire le public. Je ne sais si les comédiens en ont retiré quelque soulagement, car perso, j'étais morte de trouille aussi, là, en deux coups de cuiller à pot je me suis sentie chuter dans un bain de trac. Mais quand faut y aller, faut y'aller...

Noir. Musique. Lumière. Ils entrent. Ils jouent.

La pièce n'est pas conventionnelle, tant du point de vue du texte que de celui de la mise en scène. Je me suis toujours dit, en la montant : soit ça passe, soit ça casse (auprès du public). On ne sait jamais. Fil du rasoir, tout le temps. Prise de risques. Sinon, où est "le truc" singulier qui fera qu'on sort des sentiers battus ? Alors oui, elle est particulière cette pièce.

Ils jouent. Depuis ma place, j'ai senti leur trac, leurs tensions intérieures, tandis qu'ils jouaient... et j'ignorais comment le public réagirait. Au début, on ne peut qu'écouter attentivement, pour entrer dans le personnage de l'auteur qu'incarnent six comédiens, pour comprendre le mécanisme du passage d'un comédien à l'autre alors qu'il ne s'agit que d'un seul et même personnage. C'est alors que le public a réagi, en crescendo simultané avec la montée en flèche du propos du texte et du jeu. Il était rudement réceptif, même.

Un jeu bien mené par tous les comédiens sans exception. Un rythme parfait. Les intentions et tonalités pile poil. Les déplacements et attitudes bien collés au texte et aux personnages. Une tonicité d'enfer. Une implication magistrale, je leur tire mon chapeau à tous. Certains avaient du travailler le débit de leurs répliques ; accélérer ou ralentir, selon les comédiens. Ils ont appliqué à la lettre toutes les consignes, se rappelant de tout ce que je leur avais dit (martelé) durant tous ces derniers mois. Tout collait impeccablement, depuis le plus ancien jusqu'à la plus nouvelle, comme un seul bloc. Osmose. Jusqu'à la colère de la dernière scène, si vraie qu'elle en était terrifiante, tandis que "les voisines" jouaient à merveille leur rôle de cancanières hypocrites.

Musique. Noir. Lumière. Salut. Noir. Lumière. Salut. Musique toujours. Applaudissements fournis, fournis, fournis, les gens visiblement bluffés.

Nous sommes passés au bar, et entre boissons fraîches et chaudes, entre crêpes et pâtisseries maison siouplé, nous nous sommes tous mêlés au public qui nous a littéralement investis porteurs de mille questions et d'autant de commentaires.

Alors en vrac : la pièce a plu à l'unanimité. Mais plus encore ; les gens ont apprécié son caractère novateur, le propos tenu, le choix de cette mise en scène peu ordinaire, le jeu de chacun. J'ai beaucoup été interrogée sur l'écriture et la mise en scène, la question a semblé les travailler, ils voulaient comprendre comment on s'y prend pour arriver à un tel résultat. J'ai tenté de répondre le plus clairement possible, sur ce sujet qui pour moi demeure une sorte de mystère fait de ces élans impossibles à décrire quand on est en phase de création. Pourquoi comme ceci plutôt que comme cela, qu'est-ce qui pousse à transgresser les usages, d'où vient l'idée d'innover, toutes ces questions ont été abordées avec l'ensemble du public pour satisfaire sa curiosité.

Ils m'ont redemandé le nom de la troupe, voulaient savoir d'où nous venions, si nous allions revenir. Chaudes félicitations pour les comédiens, dont ils ont appris qu'ils ne sont pas des professionnels, mais de simples amateurs. Incrédule, le public nous a fait savoir que ce type de pièce n'est jamais joué par des compagnies amateurs, tant en ce qui concerne le propos, que la mise en scène et la force du jeu. Vous dire l'impression que fait une telle déclaration unanime, est assez difficile, voyez...

On m'a dit qu'il fallait absolument que nous nous inscrivions au festival d'Avignon, on a voulu connaître nos prochaines dates de représentation, on m'a demandé mes coordonnées, les félicitations ont plu de toute part sans exception, jeunes et moins jeunes. Il y avait des enfants et des ados, des papis et des mamies, et entre deux toutes les tranches d'âges. Tous ont été emballés ! J'ai été assaillie par le public, mais il faut savoir que chaque comédien aussi. Nous étions tous entourés de groupes de gens, et quand on se dégageait d'un groupe c'était pour être interpellé par un autre groupe. On n'a pas pu parler entre nous, nous étions tous occupés par le public.

La dernière partie du programme a été dédiée aux impros. Je leur avais concocté des thèmes pas piqués des vers. Personne ne savait à quoi s'attendre. Ni le public, ni les comédiens. J'avais décidé de commencer par animer cette séance, puis de passer le relais au public.

Première impro, notre momo, celle pour qui l'impro est un calvaire, se propose d'emblée. Impro réussie, hilarante ! A la fin, je prends la parole et en expliquant au public qu'elle crevait de trouille et que ce type d'exercice n'était pas sa tasse de thé, je la remercie d'avoir joué le jeu et l'invite si elle le désire à passer dans la salle. Ben non. Elle déclare que tout compte fait, elle va rester sur scène. Les impros se succèdent, toutes aussi déjantées les unes que les autres. Le public se tord de rire, nous aussi. Je file en coulisses chercher un kleenex tellement j'en pleure. Quant à momo, je compterai qu'elle a fait partie des plus assidus aux impros et qu'elle nous a donné à nous tenir les côtes de rire. Mais pas qu'elle. Les autres aussi s'y donnent à fond, on a tout juste le temps de respirer entre l'opération chirurgicale d'un poisson rouge caractériel, du tueur fou dans la salle, du transport illégal de produits illicites depuis une corniche au 117ème étage d'un immeuble, d'un essayage vestimentaire sur un glacier, d'un drame d'amour dans les cuisines d'un restaurant chic, et j'en passe, et des meilleures.

Quant au public, il a les mâchoires douloureuses. Les rires fusent de partout. Puis il s'investit et lance des thèmes, même ce petit garçon qui s'implique tellement qu'il finira sur scène avec nous. Bonheur total.

Quand la séance s'achève, la salle ne se désemplira pas encore. C'est qu'il veut encore parler avec nous, le public, et continue à nous accaparer entre salle et bar, toujours plus curieux, toujours autant chaleureux.

Un photographe était là, et nous prépare un CD. J'ai hâte !

Et puis parmi le public, il y avait une personne qui avait déjà vu la pièce sous son ancienne version en Juin. Sa réaction : je préfère carrément cette version là, elle a "un truc en plus", à la fois dans le jeu et dans l'osmose du groupe.

Jean-Michel est prêt à nous recevoir pour d'autres prestations. Ça tombe bien. Un autre spectacle est prêt, nous allons le proposer, nous en avons parlé cette nuit avant de nous quitter !

On finira vers 4 heures ce matin, une petite poignée des plus résistants des comédiens, autour d'un bon café et de bons vins, chez moi. Et on pleure encore de rire, mais y'a beaucoup d'émotions entre les fous-rires.

Parce que le pari est tenu et gagné.

Et pour la millième fois, tous disent : notre groupe est fantastique maintenant !



31/01/2010
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